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A moins de 6 mois des prochaines élections fédérales, l'UDC demeure la première force politique du pays avec 29,9% des intentions de votes. Alors que les partis de centre droit et le PS sont en net recul, les partis écologistes ont le vent en poupe. La catastrophe de Fukushima s'immisce dans la campagne électorale et change la donne politique sur la question du nucléaire.
À en croire les résultats du dernier baromètre électoral SSR idée suisse, le souffle de l'explosion de la centrale nucléaire de Fukushima du 11 mars dernier, a eu des répercussions dans le débat politique suisse. On ne peut pas parler de "tsunami" écolo", mais l'onde de choc de la catastrophe japonaise, semble néanmoins avoir insufflé un sérieux coup de pouce aux écologistes.
Verts et verts libéraux sont crédités respectivement de 10,9 % et 5,7 % des intentions de votes, et feraient partie des quatre vainqueurs des prochaines élections aux côtés de l'Union démocratique du centre (UDC) et du Parti bourgeois démocratique (PBD).
La vague verte n'enraye donc en rien l'avancée de l'UDC, qui d'élections en élections grignote du terrain. Les verts gagnent 1,1 point par rapport au précédent scrutin, pour franchir la barre des 10 %, à 10,9%, tandis que les verts libéraux eux sont crédités de 5,7 % des intentions de votes (+1,4 points par rapport à 2007). Le nouveau parti bourgeois-démocratique suisse (PBD) lui obtiendrait 3,5% des intentions de votes. Les grands perdants de ces élections seraient le Parti socialiste (PS) qui reculerait à 17,7%, les démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux perdent respectivement 1,8 et 2,5 points pour se fixer à 12,7 % et 15,2 %.
L'effet Fukushima a donc marqué les esprits, tout comme l'accident de Tchernobyl le fit a son époque. La question de l'environnement pointant selon l'étude GFS Bern à la première place des préoccupations des Suisses, thème qui n'était classé qu'à la sixième position en janvier dernier, loin derrière l'immigration et la santé. La question d'une sortie du nucléaire à moyen terme n'est plus considérée aujourd'hui comme une idée saugrenue, puisque près des deux tiers des Suisses y sont favorables d'ici une vingtaine d'années.
Une vague verte ne se profile cependant pas à l'horizon, en témoigne les dernières élections cantonales zurichoises du mois dernier, qui ont vu les verts réaliser un score similaire à celui enregistré quatre ans auparavant. Ce scrutin qui fait office de grand test avant l'échéance nationale du 23 octobre prochain, semble donc indiquer que, effet Fukushima, il n'y aura pas.
Tout au plus, l'accident japonais aura permis de remettre la question du nucléaire au coeur du débat politique, une question qui s'inscrit dans une remise en cause plus globale de la politique énergétique suisse.
Au lendemain de l'accident, la Ministre suisse en charge de l'énergie et de l'environnement, Doris Leuthard, préconisait en effet de nouvelles vérifications des installations existantes. Elle décidait par la même occasion la suspension de la procédure d'examen des demandes d'autorisations de construire des nouvelles centrales. À ses déclarations, des voix de tous bords se sont élevées. Verts et socialistes en tête ont exigé une session extraordinaire du Parlement en juin, position à laquelle, la droite conservatrice, l'UDC en tête, a répondu que la situation de la Suisse n'est pas comparable à celle du Japon, et qu'aucune décision ne devrait être prise à la hâte.
La bataille de l'atome a donc pris un nouveau tournant dans les dernières semaines, et comme le fait remarquer Rolf Buttiker du PLR (Conseiller aux Etats/ SO) "la question [est] de savoir si nous voulons poursuivre à moyen et long terme, la voie du nucléaire [...] il faut savoir combien de temps sera nécessaire pour remplacer ces 40 % d'électricité [...] et nous devons connaître les alternatives possibles".
Alors que l'environnement figure comme la préoccupation première des sondés, il est paradoxal de relever que seulement 6,5% des électeurs (en baisse de 3,8%) estiment les verts, les mieux à même pour résoudre leurs problèmes, loin derrière l'UDC (25,5%) et le PS (21%). Ces chiffres qui démontrent le manque de confiance de l'électorat envers la capacité d'action des écologistes trouve son écho dans les propos du sénateur Rolf Buttiker: "Jusquʼà présent, ceux qui exigeaient la sortie du nucléaire sont précisément les mêmes qui sʼopposent systématiquement à des projets de nouvelles centrales hydroélectriques ou éoliennes, pour des raisons de protection de lʼenvironnement".
Conséquence directe de l'accident du 11 mars dernier, la surexposition des thématiques liées au nucléaire et à lʼenvironnement dans les médias, expliquent sans doute pour une bonne part les résultats d'une telle enquête. L'effet Fukushima des dernières semaines risque par ailleurs de s'estomper en raison d'une volatilité dans les préoccupations des Suisses, comme celle constatée entre les mois de janvier et avril.
Isabelle Chevalley, la Présidente des verts libéraux vaudois invite elle aussi, à la prudence dans l'analyse d'une poussée des écologistes traditionnels. Estimant logique la montée des verts en période d'après Fukushima, un parti qui milite depuis des années pour une sortie du nucléaire, ceux-ci ne constituent cependant pas, selon elle, une nouvelle offre politique, à l'image de son parti qui allie écologie et économie.
La stabilité de l'UDC, avec près d'un Suisse sur trois se disant prêt à voter pour ce parti en octobre prochain offre une grille de lecture qui reflète davantage la tendance qui se dessine depuis plusieurs années en Suisse et en Europe. Le renforcement des mouvements populistes, qui vont de succès électoraux en succès électoraux partout en Europe, semble scander le tempo du débat politique. Telle une pandémie à l'échelle continentale, les thèmes de l'insécurité et de l'immigration demeurent des préoccupations majeures dans tous les pays européens, où une droite populiste s'y installe avec des scores supérieurs à 10 %. Dernier en date, la forte percée des Vrais Finlandais, qui avec 34 sièges au Parlement (+34% par rapport au dernier scrutin de 2007), constitue la troisième force du pays. La montée en puissance des idées du Front national chez nos voisins français, semble se confirmer à mesure que lʼattention du débat politique se concentre sur le risque dʼinvasion venue dʼAfrique du Nord.
Que l'on ne s'y trompe pas, la question de l'immigration et de lʼasile prendra le relais de celle de l'environnement en Suisse, avec comme à son habitude depuis plusieurs années, une UDC qui, en matière de politique nationale et notamment lors des scrutin fédéraux, décide de la partition mais également du rythme du tempo à jouer.
Arnaud Midez
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