Vitit Muntarbhorn, chargé par les Nations Unies d'évaluer l'état des droits de l'homme dans le pays le plus fermé au monde, a livré les fruits de six ans d'investigation.

C'est un bien sombre tableau qu'a présenté le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en Corée du Nord lors de la 13ème session du Conseil des droits de l'homme à Genève. Arrivant au terme de son mandat après six ans de loyaux services, Vitit Muntarbhorn a pointé les abus systématiques de cette «immense prison» totalitaire: exécutions publiques, punitions collectives, torture, enlèvements, instrumentalisation des citoyens dès l'enfance et une politique vouée à l'armée plutôt qu'aux citoyens. «Il y a bien eu des changements législatifs, comme l'insertion du terme des droits de l'homme dans la Constitution, explique le professeur thaïlandais. Mais sur le terrain, la situation s'est dégradée dans certains domaines, comme la situation alimentaire.»
Face à ce rapport virulent, le régime nord-coréen a dénoncé dans une lettre datant du 21 janvier dernier «un complot des Etats-Unis, du Japon et de l'Union européenne contre le système social» de leur pays. Accusant le Rapporteur spécial d'être une «marionnette» à la solde de leurs ennemis, les autorités nord-coréennes ont refusé de laisser entrer Vitit Muntarbhorn sur leur territoire. «Cela n'entame pas la crédibilité du travail du Rapporteur spécial, estime Andrew Clapham, directeur de l'Académie de droit international humanitaire et des droits humains (ADH). Dans le passé, de nombreux rapports ont été réalisés par des experts sur des pays inaccessibles, par exemple l'Afghanistan des talibans.» Même constat pour Philippe Dam, représentant de Human Rights Watch auprès du Conseil des droits de l'homme: «L'absence de transparence du régime constitue la preuve que ces accusations sont fondées.»
Peu d'effets directs en vue
Dans ses conclusions, le Rapporteur spécial formule trois recommandations prioritaires: la poursuite de l'aide alimentaire sous conditions, l'arrêt des exécutions publiques et la suppression des punitions contre les exilés refoulés. Néanmoins, les avis divergent sur l'effet réel du rapport, car celui-ci n'est pas contraignant. «Si l'Etat ne veut pas protéger ses citoyens, c'est à l'ONU de le faire», estime Vitit Muntarbhorn, qui mentionne l'option des poursuites individuelles pour crime contre l'humanité à l'encontre de dignitaires nord-coréens, une voie tentée par certaines ONG. «Mais la route n'est pas facile, car la Corée du Nord n'est pas signataire du Statut de Rome établissant la juridiction de la Cour pénale internationale», précise-t-il.
Autre option évoquée: une résolution contraignante au niveau du Conseil de sécurité. Une voie plus ambitieuse, mais très hypothétique, comme l'explique Andrew Clapham: «Certains membres permanents comme la Chine n'aiment pas l'idée que le Conseil de sécurité devienne un forum pour les droits de l'homme.» Même raisonnement chez Philippe Dam: «Le Conseil de sécurité s'occupe du dossier nucléaire, pas des droits de l'homme.» Pour Human Rights Watch, «il est plus important d'avoir une condamnation au niveau du Conseil des droits de l'homme, qui compte un plus grand nombre d'Etats membres».
Attirer l'attention
La visibilité accrue de la situation des droits de l'homme en Corée du Nord demeure donc le meilleur résultat du rapport de Vitit Muntarbhorn. «Ce travail reflète les rencontres que j'ai faites sur le terrain, confie celui-ci. A côté de l'évaluation concrète de la situation, mon objectif a consisté à donner la parole à ceux que l'on n'entendait jamais, comme les réfugiés politiques.» Le Rapporteur estime avoir réussi à informer le monde des abus du régime nord-coréen, pour une raison simple: tous les pays membres du Conseil ont dû se positionner par rapport à son travail. Quant à sa succession, la question reste ouverte: fin mars, le Conseil décidera du maintien d'un mandat de Rapporteur spécial sur la Corée du Nord. «Normalement, il devrait être remplacé», estime Andrew Clapham. Au moment de quitter son bureau, Vitit Muntarbhorn exprime un voeu: que les autorités nord-coréennes ouvrent finalement leurs portes à son successeur.
Serge Maillard
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