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La Pologne aux urnes: quels enjeux à la veille de la présidence de l’Union Européenne ? PDF Print E-mail
Written by Bastien Brodard   
Wednesday, 02 June 2010 15:37

La Pologne qui va prendre la présidence tournante de l'Union Européenne en 2011 s'apprête à élire son nouveau président le 20 juin 2010. Un éclairage sur les enjeux politiques et économiques du plus grand pays des Pays d'Europe centrale et orientale (PECO) en compagnie du Professeur Gilbert Casasus, Professeur d'Etudes Européennes à l'Université de Fribourg (Suisse) et de Grzegorz W. Sienkiewicz, observateur de la politique polonaise et Docteur en philosophie politique.

Bastien Brodard

Les élections présidentielles anticipées polonaises suscitées par le crash de l'avion présidentiel en avril constituent l'occasion d'observer la politique du plus grand pays d'Europe centrale. Si dix candidats sont en liste, la course présidentielle se joue entre deux formations de droite : les libéraux (plate-forme civique, PO) menés par. Bronislaw Komorowski et les conservateurs (parti droit et justice, PiS) menés par Jaroslaw Kaczyński, frère du président défunt. Le premier tour des élections aura lieu le 20 juin et si aucun candidat n'obtient plus de 50% de suffrages, un second tour aura lieu le 4 juillet.

 

poland

 

Le futur président sera à la tête du plus grand PECO qui prendra la présidence de l'Union Européenne au deuxième semestre 2011. Sa population, son économie et sa situation géographique centrale, en font un pays européen important. Par le passé, nombre d'observateurs ont pointé du doigt l'attitude europhobe de l'ancien président polonais et de son parti le PiS. Selon le Professeur Casasus, il est indéniable que les frères Kaczyński aient été europhobes et qu'ils aient joué un rôle de frein dans le traité de Lisbonne. Toutefois, il relève qu'actuellement, dans une phase de collégialité Jaroslaw Kaczyński a assoupli ses positions par rapport à l'Union Européenne. Il relève par ailleurs que « si Jaroslaw Kaczyński venait à être élu en se profilant sur des thèmes anti-européens, il va d'avance vers un échec. »

 

« La Pologne doit saisir la balle au bond lors de sa présidence de l'Union Européenne en 2011 en se montrant pro-européenne. » lance le Professeur Casasus. Pour Grzegorz W. Sienkiewicz, la Pologne est au cœur de l'Europe non seulement de par sa position géographique mais aussi de par son histoire : « Même si la Pologne hésite parfois à certains avancements politiques et économiques venant de la part de l'EU, elle est constituée dans sa majorité d'europhiles. Par sa position géopolitique et ses mélanges culturels (alliances historiques avec la France, l'empire Austro-hongrois, l'Italie), ce peuple est traditionnellement occidental. D'ailleurs, on peut relever que la constitution de l'Etat polonais se basait jusqu'à l'avant-guerre sur le Code Napoléon de 1804. »

A la veille des élections, certains doutent de la capacité du PiS et du PO de travailler ensemble si Jaroslaw Kaczyński était élu. Il faut en relever que l'actuel premier ministre Donald Tusk, provient du PO. Certains électeurs craignent l'incapacité d'un tel duo à faire avancer la politique polonaise. Pourtant, selon Grzegorz W. Sienkiewicz, il serait prématuré de dire que le PiS et le PO n'arriverait pas travailler ensemble : « La composition envisageable du groupe PiS-PO au sein du prochain gouvernement polonais pose sans doute un véritable problème, mais avant tout aux observateurs externes de la scène politique polonaise ». Il ajoute « Je peux envisager une possible collaboration entre ces deux groupes. Ce travail commun pourrait se faire autour d'une table ronde basée sur une franchise réciproque en vue du bien commun en faisant un vrai bilan des dernières vingt années.»

 

Pour Grzegorz W. Sienkiewicz, la différence des positions entre PiS et PO réside dans l'immédiateté de l'action économique. « Pour le PiS, l'économie est pensée plus à long terme en tentant de préserver l'identité économique nationale. Le PO, au contraire, tente de dynamiser l'économie de manière extrêmement rapide avec une tendance d'internationalisation des équipements publics. Cette perspective est peut-être juste, voire nécessaire, mais seulement dans une vision du gain à court terme. Cependant, vu le développement économique en Occident ces vingt dernières années, il ne faudrait pas se précipiter autant. Chaque pays de l'Ouest tant la France que l'Allemagne ou encore l'Angleterre essaie de promouvoir leurs propres atouts malgré le processus européen. »

 

Vingt jours avant le vote, certains citoyens savent déjà résolument qu'ils ne voteront pas car le choix entre le PO et le PiS ne leur convient pas. Le Professeur Casasus comprend ce comportement et l'explique par un déficit de démocratisation de la Pologne qui existe aussi dans les autres PECO. «Il manque dans ces pays la tradition des grands partis européens socio-démocrates et chrétiens-démocrates. On n'y trouve pas non plus un jeu d'alternance gauche-droite. La Pologne en offre un bon exemple : les deux principaux partis sont de droite. Les partis de centre-gauche sont inexistants sur l'échiquier politique. » Grzegorz W. Sienkiewicz rejoint le Professeur Casasus quant au manque d'un parti de centre-gauche en Pologne : «L'ancien régime communiste a stigmatisé à long terme l'extrême-gauche provoquant dans les années 1980 un mouvement inverse, de droite. Si le centre-gauche à l'instar occidental existait, le paysage politique polonais serait l'équivalent de la Pologne d'entre deux guerres.»

 

Pour le Docteur en philosophie politique, le déficit démocratique polonais s'explique par le poids de l'histoire polonaise: « La démocratie est un régime politique dans lequel le peuple détient la puissance. La souveraineté appartient à l'ensemble des citoyens et non à un seul, ce qui fut le cas en Pologne durant plusieurs siècles. La Pologne était partagée le peuple n'a pas eu l'opportunité de se familiariser avec ce régime comme ont pu le faire la France ou l'Espagne. Ces circonstances historiques ne déresponsabilisent pas les Polonais mais pour que la Pologne puisse concilier l'ordre économique et l'égalité sociale, il faudra encore au moins une génération de conscience démocratique.» Le Professeur Casasus est plus critique quant à l'évolution de la démocratie dans les PECO. Il cite l'exemple les 17% de votes en faveur du parti d'extrême-droite dure aux dernières élections hongroises pour montrer les dérives et le manque de maturité démocratique du pays : « L'histoire, certes chargée, de ces pays ne peut pas tout excuser et les PECO ne sont plus des enfants de la démocratie, mais déjà des jeunes adultes avec des responsabilités. »

 

Les derniers sondages créditent le PO d'environ 50% de voix et le PiS de 33% selon le sondage GfK du 27-28 mai pur le journal Rzeczpospolita. Malgré la quasi absence de Jaroslaw Kaczyński dans la campagne, il ne faut pas sous-estimer les capacités du PiS à mobiliser ses partisans. En effet, le PiS dispose d'un électorat caché et peut créer la surprise comme ce fut le cas aux élections de 2005, lorsque Lech Kaczynski fut élu président.


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