"Et pourtant elle tourne!" - "Und sie bewegt sich doch!" - " E pur si muove!" - "E tuttina sa mova ella!" / Galileo Galilei
Le multilinguisme nuit-il à l’efficacité de l’Union européenne ? PDF Print E-mail
Written by Arnaud Midez-Donzé, IUHEID, Genève   
Tuesday, 28 June 2011 16:14

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Une multitude de préoccupations persiste dans l’espace public européen depuis les premiers élargissements de l'Union. L'élargissement aux pays d'Europe centrale et orientale a renforcé encore plus les inquiétudes tant sécuritaires que socioéconomiques. Or, tant pour surmonter la peur de l'autre que pour être mieux informé, formé, voire intégré dans cette espace, il est primordial de trouver une solution satisfaisante à la question linguistique.

Le choix politique européen du multilinguisme, tel que fixé en 1958 dans le premier règlement du Conseil, reste jusqu’ à aujourd’hui un outil de gouvernance unique au monde [1]. Un outil qui assurait la transparence, la légitimité et l’efficacité au sein de l’Union européenne. Dans une Europe où cohabitent 23 langues officielles, est-ce toujours aussi efficace et transparent qu’en 1958 ? Beaucoup de questions se posent.

En novembre 2008 un arrêt [2] rendu par le TPI de la CJCE, annulait une décision de la Commission européenne de 2004, pour non-respect du principe d’égalité de traitement et d’accès à l’information entre tous les citoyens européens. En effet, cette décision de la Commission européenne avait pour objet la publication de certaines communications seulement en trois langues : allemand, français et anglais. Malgré cet arrêt, l’Eurodéputée Véronique Mathieu a déploré récemment que, cette même Commission continue de publier certains documents seulement en langue anglaise, au mépris des vingt-deux autres langues officielles de l’Union européenne et de l’immense majorité des citoyens européens dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. Dans un contexte de mondialisation où l’anglais prend une place de plus en plus importante, prétendre l’égalité des langues en Europe ne relève-t-il pas plutôt de l’utopie ?

En tant qu’étudiants, nous sommes la majeure partie de notre temps confrontés à la langue de Shakespeare ne serait-ce que pour avoir accès à l’information, postuler pour des stages ou des emplois en rapport ou non avec les institutions de l’UE. Doit-on alors réfléchir à un enseignement généralisé de l’anglais dès le plus jeune âge dans tous les pays de l’UE qui, comme le défendait Coudenhove-Kalergi pour des raisons techniques pourrait jouer le rôle d’esperanto naturel en Europe, étant donné que rien ne l’empêchera de devenir la langue des relations internationales (note Coudenhove-Kalergi, Pan-Europe, 1997, p.129 (originale en allemand de 1926). Comme dit un proverbe bulgare : « mieux vaut moineau dans les mains qu’aigle dans le ciel » [3].

Dans une autre perspective, la traduction n’est-elle pas seule garantie de la pluralité linguistique, comme illustre la célèbre formule de Umberto Ecco : « La langue de l’Europe, c’est la traduction ». Mais le plurilinguisme que défend l’Union Européenne, du moins comme principe, est un terme qui apparaît à beaucoup comme du domaine de l’utopie plutôt que du réalisable, voire carrément de l’inutile : à quoi bon apprendre plusieurs langues étrangères quand une seule (aujourd’hui l’anglais) peut servir de langue de communication universelle ?

C’est donc bien ici toute la problématique de la gestion de la diversité linguistique, dans une Union aux identités culturelles multiples qui se pose. Peut-on au nom d’une plus grande efficacité de l’Union brader toute cette richesse au profit d’une, de deux voire de trois langues de travail uniquement ? Pourquoi la Commission, ne peut-elle pas à l’instar du Parlement européen défendre et utiliser à égalité les 23 langues officielles de l’Union ? Officiellement, les langues sont mises à l’honneur depuis 2001 dans le cadre de la journée européenne des langues, le 26 septembre, « pour permettre au public de mieux apprécier l’importance de l’étude des langues, lui faire prendre conscience de la diversité des langues parlées en Europe et encourager l’apprentissage des langues tout au long de la vie ». Afin de nous permettre de mieux nous orienter dans la richesse linguistique européenne A field guide to the main languages of Europe est à consulter sur le site de la Commission européenne. Paradoxalement, vous l’avez compris, ce texte aussi n’est disponible qu’en anglais.

Aujourd’hui le Parlement européen, que l’on compare parfois à une Tour de Babel, du fait de ces 500 combinaisons de traductions possibles ne semble de toute évidence, pas connaître ce problème de communication. La différence comme on le sait, provient des interprètes : ils permettent aux membres du Parlement de s’exprimer dans leur propre langue et de toujours se comprendre les uns des autres. Aux détracteurs de ce système, qui le trouvent trop coûteux et inefficace, on estime aujourd’hui que le coût de la traduction, c’est un milliard d’euros par an, et cela revient en moyenne à deux euros par citoyen européen. Deux euros, c’est donc ce qu’on appelle ici le coût de la diversité culturelle !

Radoslava Karabasheva / Arnaud Midez

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Last Updated on Tuesday, 28 June 2011 16:37