"Et pourtant elle tourne!" - "Und sie bewegt sich doch!" - " E pur si muove!" - "E tuttina sa mova ella!" / Galileo Galilei
Médias en ligne européens: histoire, marché, fonctionnement PDF Print E-mail
Written by Serge Maillard   
Sunday, 11 December 2011 11:52


A. Présentation de la recherche

Comme des nuées d'oiseaux migrateurs, les sites Internet consacrés aux questions européennes apparaissent et disparaissent à tire d'ailes, sur la grande toile virtuelle. Là se trouve le principal défi auquel se confronte ce travail : prendre la photographie de cet espace mouvant. Le site Toute l'Europe - qui figure parmi les médias étudiés dans cette recherche - s'est du reste échiné à cartographier la blogosphère consacrée à la construction européenne. Le coup d'oeil en vaut la peine.

C'est une véritable constellation qui s'offre à nos yeux, avec des étoiles lointaines et obscures, d'autres proches et illuminées. Les présenter dans leur intégralité constituerait le travail d'une vie pour un astronome européen. Dans ce travail ne seront donc présentés que les plus grands astres apparaissant sur la carte de la Toile européenne, ceux que les experts du domaine, si ce n'est certains profanes, peuvent reconnaître à l'oeil nu. Le coeur de cette recherche, l'« abécédaire » des médias en ligne européens et des sites de l'Union européenne, constitue à l'évidence un choix subjectif, à vocation représentative. Derrière l'un d'entre eux, basé en France ou en Belgique, peuvent se cacher plusieurs sites similaires publiés depuis d'autres pays membres.

En s'intéressant aux médias en ligne dédiés aux questions européennes, cette recherche prend la photographie de la rencontre entre deux phénomènes qui bouleversent aujourd'hui la vie quotidienne de millions d'Européens : l'émergence d'Internet, comme outil de connaissance, d'information et de communication, d'une part ; l'accélération du projet d'intégration européenne d'autre part, avec l'introduction d'une monnaie commune, l'abolition des frontières intérieures, des programmes d'échanges académiques et des droits élargis pour ses citoyens. Ce travail ambitionne d'étudier leur rencontre, à travers la présentation des principaux médias consacrés aux questions européennes : d'où vient leur public, quel est leur modèle économique, comment produisent-ils leur information ?

Sous le règne du papier, quelques projets de médias européens avaient vu le jour, dans l'euphorie de l'accélération de l'intégration européenne survenue à la chute du Mur et à la signature du Traité de Maastricht. Le premier véritable journal d'information quotidienne ayant l'ambition d'adopter un point de vue européen fut l'hebdomadaire The European, lancé au début des années 1990 pour concurrencer des magazines comme Newsweek par le sulfureux magnat britannique Robert Maxwell, dont l'histoire personnelle avait été marquée des soubresauts ayant conduit à la formation d'une unité européenne : guerre, persécution, exode. Vint ensuite à la fin de la décennie, sous la direction de Christine Ockrent, le magazine hebdomadaire L'Européen, pendant européen du Nouvel Observateur ou de l'Express.

Tous deux ont rencontré un échec retentissant, et se sont achevés en situation de faillite. A cela plusieurs raisons : trop peu de moyens investis, problèmes de positionnement, concurrence déjà forte. Des motifs qui sembleraient donner raison à un projet similaire de média européen sur Internet : la Toile est en effet multilingue, exige peu de coûts d'infrastructure et offre une souplesse éditoriale remarquable, permettant idéalement de réunir journalistes professionnels et citoyens sur une même plateforme de débat. Or, il faut le dire d'emblée : en quinze ans d'expériences médiatiques sur Internet, aucun média en ligne consacré aux questions européennes n'a fait de véritable percée auprès du grand public. Aucun des médias étudiés dans ce travail n'atteint les chiffres de fréquentation des sites Internet des grands médias nationaux traditionnels, comme Le Monde ou Le Figaro, multiplié par vingt-sept avec une présence potentielle dans plusieurs Etats-membres.

A première vue, l'adoption d'un angle de traitement européen de l'information pourrait sembler encore rédhibitoire auprès des usagers de la Toile. Mais cette vision est à modérer : en réalité, aucun des médias présentés dans ce travail n'a repris le flambeau de The European ou L'Européen. Peut-être marqués par les échecs de ces titres, tous se sont confinés soit dans une information spécialisée, comme les médias basés à Bruxelles couvrant l'actualité des institutions ou ceux qui opèrent à des revues de presse, soit auprès d'un public spécialisé, comme Café Babel et la génération Erasmus, soit dans une communication pédagogique, comme les sites gouvernementaux ou ceux des institutions européennes. Seul le projet myeurop, en cours de lancement, dont les fondateurs ont eux-mêmes participé au projet L'Européen, vise à atteindre un public large et multinational, avec une vocation d'informer sous un angle « européen ».

Comment définir cette « information européenne » ? Deux grandes typologies peuvent être recouvertes sous cette dénomination, comme nous le verrons dans l'abécédaire des médias en ligne européens. D'abord, l'information purement « bruxelloise », qui signifie le suivi des débats institutionnels, mais aussi l'application des politiques communautaires. Donnons ici comme exemple le choix d'un nouveau président de la Commission européenne. Ensuite, l'information nationale, qui peut avoir une portée d'intérêt commun européen. Donnons là comme exemple l'« échec du multiculturalisme » décrété par Angela Merkel en Allemagne, qui pourrait rejoindre le « débat sur l'identité nationale » en France. Mais ces typologies sont à manipuler avec des pincettes : par exemple, lorsque le président de la Commission s'exprime sur les déclarations de Nicolas Sarkozy ou d'Angela Merkel, les lignes sont brouillées. Le point commun est à l'évidence une information dépassant les frontières, qui, venue de Bruxelles ou d'un des Etats membres, recouvre un intérêt potentiel au sein de l'ensemble de l'Union.

Relater l'histoire des sites Internet dédiés à l'information européenne revient à mettre en évidence deux épisodes fondateurs : le Traité de Maastricht et les référendums sur le Traité constitutionnel européen. Tout d'abord, comme mentionné précédemment, la conclusion du Traité de Maastricht et son rôle de catalyseur de l'intégration, coïncidant avec les prémisses du world wide web, favorise l'éclosion de plateformes spécifiques sur ces questions-là, dans un grand élan d'enthousiasme europhile. Mais il a aussi montré, avec le référendum danois, qu'il n'était plus possible de « présupposer » une adhésion automatique et systématique des populations des Etats membres à plus d'intégration européenne. Le débat a appelé à plus de pédagogie et plus de communication des dirigeants européens auprès de leurs citoyens.

En 1995, l'Union européenne lance précisément sa plateforme d'information générale auprès de ses citoyens, intitulée «Europa ». Cette même année voit l'arrivée du groupe The Economist à Bruxelles, qui, misant sur une intégration accélérée, lance un hebdomadaire anglophone consacré aux questions spécialisées européens, nommé The European Voice. Créé sur le modèle d'une publication similaire au Congrès américain, ce titre produira également du contenu en ligne au tournant de l'an 2000. Car c'est lors de l'entrée en vigueur de l'euro, qui coïncide avec la « bulle digitale » à l'orée du nouveau siècle, qu'apparaissent les premiers véritables sites Internet dédiés uniquement aux questions européennes, sans version papier : EurActiv ouvre les feux en 1999, suivi de EUobserver en 2000 et du premier « participatif », Café Babel, en 2001.

Le deuxième événement fondateur coïncide lui avec l'explosion du phénomène « blog » et du journalisme participatif. Plus d'intégration signifie aussi plus de réticence à des changements (adoption d'une monnaie unique, mouvement d'élargissement à l'Est, abolition des frontières), qui, pour beaucoup, sont trop rapides et trop marqués du sceau maudit du néolibéralisme. Les opposants montrent leurs muscles lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen en France en 2005, qui subit l'échec et remet en question la légitimité d'institutions européennes et de gouvernements apparaissant aux yeux de nombre de citoyens comme les habitants d'une tour de verre refusant de « descendre dans l'arène ». Lors du débat autour de cette constitution européenne, l'immense majorité des médias français appelle au « oui », d'une voix unanimiste et paternaliste qui énerve nombre de Français.

Le front du refus prend alors appui sur la nouvelle sphère des blogs, où il est parfois difficile de distinguer le vrai du faux, l'argument vérifié de la source douteuse. La confusion s'installe dans les esprits, incarnée par l'image du plombier polonais, et porte ses fruits. Mais, à quelques rares exceptions, ces blogs europhobes ne feront pas date, car ils servent une cause plus large au sein de l'extrême gauche ou de l'extrême droite de l'échiquier politique : une fois le refus validé, ils passent à d'autres chevaux de bataille du front de l'anticapitalisme et de l'anti-mondialisation. C'est dans le constat d'échec des « pro-européens » que naissent, comme un mouvement « contre-révolutionnaire », des blogs et sites dédiés uniquement aux questions européennes, qui subsistent aujourd'hui encore : Euros du Village, Le Taurillon, Toute l'Europe, en France.

Les autres sites étudiés naissent dans les cinq dernières années, au service de gouvernements et d'institutions qui savent qu'ils doivent renforcer leur communication sur Internet, nouvel outil devenu incontournable. Les revues de presse servent notamment à découvrir ce qui passe chez le voisin, dans une ambition de meilleure compréhension de l'intégration européenne : le gouvernement allemand lance la revue de presse Eurotopics en 2005, et la Commission européenne, dont les états de service sur Internet sont compliqués par ses enchevêtrements institutionnels, finance la revue en ligne Presseurop depuis 2008. Le site Nouvelle Europe est quant à lui lancé en 2005 pour mieux faire connaître les pays de l'Est, dans la vague d'élargissement vers la partie orientale du continent.

Les sites sélectionnés pour figurer dans ce travail sont des « pure players », des médias présent uniquement sur Internet (exception faire de European Voice, qui publie également un hebdomadaire). Tous se dédient uniquement à l'information « européenne », ce qui les distingue par exemple des titres nationaux, qui couvrent eux aussi les actualités européennes, sans pourtant consacrer à ces dernières la majorité de leurs contenus. On pourra s'étonner du peu de références et notes de bas de pages et de la minceur de la bibliographie utilisée dans cette recherche. Il faut à ce propos souligner qu'il est très difficile de trouver une littérature même minime sur un sujet aussi récent et aussi mouvant que celui des sites Internet dédiés aux questions européennes. Deux sources principales sont donc utilisées dans ce travail : les ressources Internet elles-mêmes, qui sont systématiquement référencées dans ce travail, mais surtout la rencontre des acteurs principaux des médias qui font l'objet de cette recherche. Ce travail est largement basé sur une quinzaine de rencontres de journalistes et responsables de médias en ligne, du blog Taurillon aux sites de la Commission, entre Paris et Bruxelles. L'abécédaire présente ces médias, leur modèle économique et éditorial, et constitue la partie centrale de ce travail. Le lecteur est d'ailleurs vivement encouragé à se reporter aux liens hypertextes intégrés dans ce travail, qui référencent tous les sites étudiés. Viendra en conclusion une analyse de l'état du « marché européen » des médias en ligne, fruit de ces rencontres et de réflexions personnelles. Partons donc à la découverte de ces courageux « corsaires » de la Toile européenne, qui gagnent à être mieux connus !

 

 

B. Abécédaire des médias en ligne dédiés aux questions européennes

 

1) Café Babel

Le magazine en ligne Café Babel fait figure de navire amiral de la « génération Erasmus », de cette jeunesse qui se reconnaît dans le film « L'Auberge espagnole », recevait déjà son argent de poches en euros, a passé au moins un semestre dans un autre pays européen, maîtrise plusieurs idiomes et part en vacances avec les compagnies « low cost ». Comme plus de deux millions d'étudiants ont profité du programme d'échange académique européen depuis son lancement en 1987, le potentiel de lectorat est élevé pour ce site, même si, en chiffres relatifs, le nombre de participants à Erasmus reste marginal.

« Nous sommes un produit éditorial organisé autour d'une réalité culturelle, celle de l'euro génération », souligne Alexandre Heully, membre fondateur et actuel responsable du site, qui se veut pionnier dans la construction d'un espace public européen. Quelque 350'000 visiteurs uniques consultent le site chaque mois (750'000 pages vues), qui est alimenté par 1500 journalistes et traducteurs volontaires. Il compte par ailleurs quelque 36'000 abonnés à sa newsletter.

Les articles sont publiés en six langues (français, anglais, italien, allemand, espagnol polonais), mais l'anglais et le français sont les langues dominantes de production, cumulant environ la moitié des contributions. La rédaction centrale européenne est basée à Paris, où collaborent six responsables de version linguistique, deux administratifs et un webmaster. Le siège de l'association Café Babel se trouve quant à lui à Strasbourg, où se réunit une assemblée générale une fois par an. Quelque 20 rédactions locales, « plus ou moins actives », sont disséminées à travers l'Europe.

Le modèle économique du site est basé à 85% sur la subvention publique, de la part d'organismes communautaires, nationaux ou de fondations. La Commission européenne soutient des projets éditoriaux thématiques intitulés « Europe on the ground », dont celui de 2011 traite de l'« Europe verte ». « Nous proposons les angles éditoriaux et la Commission européenne valide si elle est intéressée à financer le projet », explique Katharina Kloss, coordinatrice éditoriale. Nous développons toujours une approche axée sur la jeunesse, qui implique un regard décalé. Par exemple, dans le cas du projet sur l'Europe verte, nous ferons un sujet sur les discothèques berlinoises utilisées pour produire de l'électricité ou sur le Vatican vert. »

La Direction générale Elargissement de la Commission, la fondation allemande Allianz, la région Ile-de-France et la fondation française Hippocrène soutiennent de leur côté le projet « Orient-Express Reporter », qui vise à envoyer des journalistes dans les Balkans et à organiser cinq débats sur l'élargissement et deux universités d'été à Istanbul et à Paris.

Le Ministère français de la Culture et de la Communication fournit quant à lui un fonds d'aide à la presse en ligne, des subventions d'investissement pour les infrastructures technologiques. La Direction générale Education de la Commission soutient par ailleurs le fonctionnement du site, à hauteur de 25% des dépenses totales, de même que la région Ile-de-France vis à vis d'emplois tremplin et du Ministère de la Jeunesse sur des emplois associatifs. Enfin, la Mairie de Paris a décerné un « Label Europe » pour un reportage du magazine, soit 9000 euros.

Le budget annuel s'élevait à 500'000 euros en 2010. Les recettes publicitaires y contribuaient à hauteur de 15%, mais il s'agit souvent d'annonceurs institutionnels, comme la télévision du parlement européen, des universités ou encore festivals de musique et de cinéma. Victime comme les autres médias en ligne de la crise économique, le site a accusé un manque à gagner de 130'000 euros en 2009 du fait de la baisse des subventions. Face à la crise, « nous avons proposé énormément de projets en 2010 pour trouver de nouveaux financements, », explique Alexandre Heully.

Le fonctionnement du site est basé sur le bénévolat, comptant pour un tiers de traducteurs et deux tiers d'auteurs à travers l'Europe. «Les traducteurs adorent Café Babel, ce sont les plus fidèles de nos contributeurs, ils sont enthousiastes sur la beauté du projet et apprécient les sujets, qui leur changent des notices de droit », explique Alexandre Heully. Certaines langues sont néanmoins plus difficiles à couvrir, comme le polonais. Les traducteurs, une des forces motrices du site, sont recrutés via des écoles de traduction et par bouche-à-oreille.

« Normalement, tout le contenu est traduit dans les six langues, mais nous avons un peu ouvert le système récemment, par exemple en diffusant certaines informations uniquement sur le site en italien, si elles s'adressent en priorité au public de la Péninsule, explique Katharina Kloss. Nous avons les moyens de bloquer la traduction, mais les traducteurs ont toujours la possibilité de traduire ce qui les intéresse particulièrement. »

Quant aux auteurs, « ils prennent des engagements beaucoup plus ponctuels, contribuent moins régulièrement, parfois une seule fois. » Café Babel constitue notamment un bon débouché pour les jeunes journalistes qui rencontrent des difficultés à placer leurs sujets jugés « trop européens » par les rédactions nationales. Si une majorité des auteurs sont intéressés par le journalisme et ont le goût de l'écriture, tous ne se vouent pas à ce métier.

Dans la plupart des cas (environ 80%), la rédaction centrale lance des appels à articles, qui seront ensuite édités, voire traduits en six langues. Il arrive aussi - plus rarement, environ 20% des cas - que les auteurs fassent des propositions spontanées d'articles. Enfin, un troisième mode de publication est le « city-blog », dans des villes comme Strasbourg et Bruxelles, qui ont leur propre réseau d'auteurs et couvrent l'actualité locale, par exemple les sommets européens.

« Entre le lancement de l'idée et la réception de l'article, il faut compter des semaines, voire des mois, si l'on inclut les traductions, explique Emmanuel Haddad, responsable de la version francophone du site. Il y a un « noyau dur » d'une dizaine d'auteurs en français sur lesquels on peut compter, mais ça va ça vient, les gens disparaissent tout à coup. »

Peut-on parler des auteurs de Café Babel comme de journalistes ? « Nous avons gagné des prix de journalisme, nous avons la carte de presse et venons de recevoir une reconnaissance comme média d'information politique et générale en France », argue Alexandre Heully, qui souligne que le site peut désormais officiellement former des journalistes. « A nos débuts, toute l'intelligentsia des journalistes classiques nous méprisait, mais ce sont ceux qui n'ont rien compris, qui croient qu'Internet tue le métier ! »

Or, estime le responsable du site, « nous sommes un objet journalistique, une équipe qui vérifie l'actualité, et nous avons des attendus ». En tant qu' « objet médiatique très innovant », un « média citoyen », Café Babel ne propose pas des sujets d'actualités quotidiennes, mais du commentaire, du reportage avec un angle générationnel et des articles sur des phénomènes de société.

Bien qu'affichant clairement son ambition de contribuer à l'émergence d'un espace public européen, le site ne se décrit pourtant pas comme militant. « Nous ne sommes pas pour ou contre l'Union européenne, même si nous ne sommes pas souverainistes comme l'arrière garde. Pour nous, l'Europe est un fait, un champ d'étude, un mouvement générationnel, celui de l'euro-génération. Nous nous adressons donc à la nouvelle génération Erasmus, qui ne  s'arrête pas aux 27 Etats membres. Nous sommes présents en Turquie, dans les Balkans et en Ukraine. »

« Pour nous, il s'agit de prendre conscience qu'il existe un peuple européen en construction. A Café Babel, nous le vivons au quotidien, avec six nationalités présentes dans la rédaction. Nous sommes à l'avant-garde, et à nos contradicteurs nous répondons que tous les projets sont idéalistes, sinon on ne ferait rien. Nous existons depuis une décennie, c'est la preuve qu'un projet européen marche sur la durée. »

De même, le site se défend d'être une « agence de communication de l'UE ». Bien que l'année 2011 soit « exceptionnelle » au sens où la Commission contribue à 50% du budget de Café Babel contre 35% auparavant, la volonté de garantir une marge d'indépendance s'inscrit traditionnellement dans la recherche d'une multiplicité de soutiens financiers. « En outre, il faut bien se rendre compte que nous ne sommes pas soutenus par une institution politique mais par la Direction de la citoyenneté, qui s'intéresse à la promotion de la citoyenneté en Europe », souligne Alexandre Heully, qui rappelle qu'en 2005, la rédaction de Café Babel était divisée par rapport au projet de Constitution européenne. « Le président de l'époque était par exemple contre la Constitution. »

Sur le marché des sites dédiés à l'information européenne, Café Babel ne se voit pas de concurrent direct : « On m'a récemment dit que notre principal concurrent était Facebook », relève en souriant Alexandre Heully. « Le marché est petit mais il y a encore de la place pour des acteurs. Nous nous connaissons tous, les personnes et les contenus circulent entre tous ces médias. Nous avons des gens qui étaient stagiaires aux Euros du Village, nous avons partagé du contenu avec Eurotopics et Presseurop, nous travaillons avec Euronews. Il y a vraiment une logique de collaboration. »

Il faut dire que Café Babel vise un public bien spécifique : celui des 18-35 ans. « Nous ne traitons pas des questions de retraite, il y a plutôt une dynamique de reportage, d'analyse des tendances sociétales et culturelles en Europe. » La première stratégie de communication du site demeure le « bouche-à-oreille », suivi des partenariats avec d'autres médias comme France Inter, 20 Minutes et MSN ou avec des festivals de cinéma et de musique. Café Babel est également présent dans les foires d'étudiants. Quant aux réseaux sociaux comme Facebook, ils commencent à attirer du trafic, à hauteur de 7% à l'heure d'écrire ce travail.

« Internet rend possible la dimension plurilingue des contenus, c'est un produit générationnel qui coûte en outre bien moins cher que la production papier. » Café Babel a tenté de lancer un supplément papier intitulé « 25 » pour la presse nationale et régionale en Europe, mais le projet a échoué. A cela, Alexandre Heully voit plusieurs raisons : « Economiquement, ces journaux n'étaient pas prêts à investir. Politiquement, les journalistes voient arriver des jeunes qui ne sont même pas tous journalistes et ça leur fait peur. Mais surtout, un tel supplément coûte très cher à produire et à diffuser. » Se posait également l'épineuse question de la rentabilité publicitaire : « A ce niveau-là, mieux vaut faire un supplément montre ou automobile qu'un cahier Europe ».

A l'heure du bilan, le site se targue d'avoir été le « premier média européen multilingue » en 2001, alors qu'Internet en était encore à ses prémisses. « Nous avons innové dans le journalisme participatif et cassé les codes du journalisme, par notre angle éditorial paneuropéen, notre multilinguisme et notre procédure de production participative. » Café Babel revendique un autre succès : celui de son réseau, qu'il qualifie de « diaspora européenne », et envoie par exemple 80 jeunes journalistes sur le terrain en 2011 dans le cadre du projet sur l'Europe verte.

Alexandre Heully énumère les défis auxquels Café Babel se confrontera : il s'agit d'approfondir l'investissement des 13'000 membres du réseau en les sollicitant davantage, d'étendre ce réseau en consolidant les structures associatives locales de Café Babel, de lancer une nouvelle maquette du site Internet ainsi qu'une nouvelle salve de reportages dédiés à l'Europe multiculturelle. Deux grands marchés européens échappent encore en partie à Café Babel, très présent dans l'espace latin : le Royaume-Uni, qui conserve un regard « insulaire » qui va au-delà de l'Europe, et l'Allemagne, peu versée dans l' « infotainment » (mélange d'information et de divertissement) que propose le site, malgré ses versions anglophone et germanophone.

Le modèle éditorial (bénévolat) et économique (subventions) de Café Babel signifie aussi des contraintes importantes pour le site. D'une part, la recherche de subventions auprès des directions générales de la Commission européenne implique de soumettre constamment des projets spécifiques, qui pourront être validés ou non par les instances communautaires, une recherche chronophage qui enduit une forte instabilité budgétaire d'une année à l'autre. D'autre part, le modèle du bénévolat implique de pousser constamment les auteurs potentiels à envoyer des contributions, comme le taux d'articles spontanés est très faible. Etant donné qu'il s'avère difficile d'imposer une « deadline » à un auteur non professionnel, les délais sont importants entre le lancement d'une idée et sa concrétisation en un article, qui doit souvent faire l'objet de retouches conséquentes avant publication, autre aléa du bénévolat.

 

2) EUobserver

EUobserver incarne sans doute le journalisme le plus incisif parmi les principaux sites Internet consacrés au suivi de l'actualité de l'Union européenne depuis Bruxelles. Rien d'étonnant à cela : le site a été lancé en 2000 par la journaliste Lisbeth Kirk, épouse de l'homme politique danois eurosceptique Jens-Peter Bonde, qui a siégé au Parlement européen jusqu'en 2008 sous l'étiquette du groupe Indépendance/Démocratie. Le Danois compte notamment parmi les fondateurs du Mouvement de Juin, créé en 1992 pour s'opposer à l'intégration du Danemark dans l'Union européenne.

Il faut évidemment se garder de tirer des raccourcis faciles. Mais il paraît important de souligner que, si le titre n'est pas militant contre le projet d'Union européenne comme pourrait l'être un Daily Telegraph, ses origines critiques lui permettent de garder une distance salutaire d'indépendance dans le petit monde des médias bruxellois. « Lisbeth Kirk a souhaité créer une publication que le commun des Européens puisse lire, explique Leigh Philip, journaliste à Euobserver. Il existait déjà des publications, mais qui s'adressaient uniquement à la bulle bruxelloise. C'est une tâche difficile : nous essayons d'adopter un style non technique et de simplifier. »

Le titre, uniquement en anglais « pour des raisons de coût », dit attirer 60'000 visiteurs uniques par jour et propose depuis peu du contenu audiovisuel. Il emploie six journalistes à plein temps ainsi qu'un commercial sous la direction d'Elisabeth Kirk. Mais le pari d'une audience qui dépasse Bruxelles est encore loin d'être gagné : « Nous sommes encore lus de façon archi-dominante par la bulle européenne, explique Leigh Philipp. Par ailleurs, selon une enquête menée par EurActiv, nous serions le deuxième titre le plus lu par le corps de presse européen après le Financial Times. »

EUobserver entend éviter au maximum de dépendre de subventions d'institutions européennes qui pourraient par la suite exercer une influence sur le contenu. Cependant, le titre reçoit depuis quelques mois un soutien financier modeste du Parlement, « sans obligation de couvrir quoi que ce soit de proeuropéen ». Quelque 60% du revenu de EUobserver provient de la publicité, le reste étant issu des conférences organisées en utilisant la « marque » Euobserver à Bruxelles, auxquelles l'accès est payant. Un très petit montant des 300'000 euros de revenu annuel provient encore d'une librairie en ligne.

Bien que le site soit anglophone, l'équipe a compté des Slovaques, Roumains, Bulgares, Danois, Croates ou encore Espagnols en son sein. « Nous aimerions publier aussi en français, allemand ou espagnol, mais c'est financièrement impossible, regrette Leigh Philip. Nous publions une dizaine d'articles par jour et nous avons tous des aires spécifiques à couvrir, mais nous sommes seulement six journalistes pour bien plus de six domaines d'activités ! »

Comment le titre compte-t-il attirer une audience plus large ? « Nous essayons d'éviter le langage technique. Par exemple, nous utiliserons le terme de loi à la place de directive, de document stratégique pour un papier vert. Nous essayons de couvrir ce qui pourrait intéresser le citoyen lambda de l'Union européenne. » Outre l'actualité institutionnelle, le titre couvre aussi une partie des actualités nationales qui présentent un intérêt européen.

La crise économique a touché de façon particulièrement dure le titre, qui ne bénéficiait pas de subventions et a dû se séparer de certains journalistes. « Nous avons tous dû prendre un congé non payé de deux semaines, mais la situation s'est un peu améliorée maintenant. Nous cherchons notamment des soutiens de la part de fondation pour réaliser plus de travail d'investigation. » Le journaliste esquisse une comparaison entre Washington et Bruxelles, le premier et second plus grand centre législatif au monde : « A Washington travaillent des centaines de journalistes qui se consacrent à l'investigation, alors qu'à Bruxelles, les journalistes ne pratiquent qu'occasionnellement l'enquête. Si nous avions plus de fonds, nous pourrions nous consacrer à un seul sujet sur le terrain pendant des semaines voire des mois. »

Pour l'heure, les journalistes de Euobserver usent du système D afin d'être présents aux sommets sans devoir débourser de fonds importants ni accepter d'invitations trop intéressées. « Je suis récemment allé en Hongrie pour un sommet informel de l'ECOFIN, explique Leigh Philip. Alors que tout le monde était hébergé dans un hôtel de luxe, j'ai choisi de dormir dans une auberge de jeunesse. » Mais le jeu lui semble en valoir la chandelle : « Pour nous, à Euobserver, il y a encore trop de stratégie publique (policy) et pas assez de débat politique (politics). Nous n'allons jamais parler sur le terrain à ceux qui sont affectés par les énormes changements engendrés par l'UE. »

 

3) EurActiv.com

EurActiv, qui existe depuis 1999, a été le premier site Internet d'information réellement dédié aux affaires européennes, et occupe aujourd'hui une place de choix sur ce marché. « Le fondateur, Christophe Leclerq, était parti du constat qu'il n'y avait pas d'opinion publique européenne, mais toujours le prisme national, explique Mathilde Woringer, responsable de la version allemande du site EurActiv.com. Il n'existait rien pour développer cette opinion, pas d'endroit où un débat pouvait s'épanouir. » La force d'EurActiv est ainsi « d'agir à tous les niveaux, en donnant les prises de position des différentes personnes qui contribuent au débat : lobbyistes, responsables politiques, citoyens. »

En un peu plus d'une décennie, le concept s'est transformé en un véritable réseau, ayant développé des sites dans 15 pays et en 15 langues sur tout le continent européen, employant au total plus d'une centaine de personnes. La maison-mère, Euractiv.com, compte une quarantaine d'employés à Bruxelles. Les plus grosses filiales se trouvent à Paris et Berlin, employant une dizaine de personnes. Viennent ensuite les franchises situées dans les pays d'Europe centrale et de l'est, comptant en moyenne cinq à six employés. L'expansion du réseau reste au programme : des bureaux ont ouvert en Serbie et en Espagne en 2010, et l'Italie est la prochaine sur la liste. « Le but est que chaque filiale, indépendante, développe son propre réseau pour son audience nationale, explique Mathilde Woringer. Les filiales ont des actualités plus nationales, et les décideurs sont moins réticents à rencontrer des journalistes du pays. »

A Bruxelles, Euractiv.com se spécialise davantage dans les politiques communautaires et vise moins à la vulgarisation que les filiales, car le site bruxellois est surtout consulté par les acteurs impliqués dans les institutions. Si les filiales sont indépendantes, elles doivent néanmoins respecter quelques grands critères, notamment une ligne éditoriale fidèle au slogan d'EurActiv, « transparence et efficacité des acteurs européens ». L'avantage d'un réseau large permet des échanges d'informations et d'articles entre le centre politique bruxellois et les capitales. EurActiv.com publie une soixantaine d'articles par semaine, comprenant des actualités, des entretiens, des analyses, des prises de positions d'acteurs européens, mais aussi des « LinksDossiers », qui sont des dossiers de fond sur des questions précises. « Ils font le point sur un débat qui concerne les politiques européennes. C'est la marque de fabrique d'EurActiv : c'est l'endroit où les spécialistes d'une politique trouvent toutes les informations dont ils ont besoin. »

Le site  EurActiv.com est disponible en trois langues : anglais, français et allemand. « C'est très important de ne pas être présent uniquement en anglais. Nous nous sommes très rapidement diversifiés vers l'allemand et le français, les autres langues de travail des institutions européennes. » Le média note toutefois un recul de l'allemand comme langue de lecture et a pris une mesure en conséquence : le site en allemand sera prochainement supprimé, et toutes les activités dans la langue de Goethe seront recentrées à Berlin, d'où est publié le site Euractiv.de.

En 2010, EurActiv attirait 609'000 visiteurs uniques par mois sur l'ensemble de son réseau. Si Euractiv.com se taille encore la part du lion à 250'000-300'000 visiteurs uniques par mois, « le réseau prend de plus en plus de place, avec un site allemand attirant désormais 150'000 lecteurs. »

Contrairement à ses concurrents EUobserver et European Voice, la spécificité du média consiste à « stimuler des débats nationaux grâce au réseau constitué de l'ensemble des sites nationaux d'EurActiv ». « Nous voulons amener les gens à débattre en accompagnant l'information sur les politiques publiques à tous les niveaux. A nos débuts, nous nous sommes fait un nom grâce à notre aspect spécialisé et technique, mais maintenant que nous reposons sur cette assise, nous souhaitons nous ouvrir à un plus grand public. » La responsable souligne que les journalistes font le plus possible pour intéresser le plus de monde, parfois en vain : « Sur la politique de la pêche, c'est normal que ce soient surtout des spécialistes qui nous suivent. »

Pour sortir du monde des experts, le site mise sur le renforcement de BlogActiv, un projet sous la responsabilité de Mathilde Woringer lancé il y a deux ans. La journaliste veut en faire la « première plateforme de blogs européens », en rassemblant tous les blogueurs qui écrivent sur les affaires européennes. Comme le site n'est pas un média « engagé », l'objectif est aussi de donner la parole à tous « pour ne pas être simplement consensuel ». Le projet a aussi émergé dans le contexte de l'initiative européenne rendue possible suite au Traité de Lisbonne : « Si quelqu'un veut déposer une initiative, il peut exposer ses arguments sur EurActiv. Le but est de créer des mouvements d'opinion transnationaux. » Pour la responsable, « la communication européenne doit être décentralisée pour créer une opinion publique, mais le média EurActiv lui-même restera équilibré et ne prendra pas position, sinon cela rendrait notre ligne moins crédible. »

La dernière enquête d'opinion menée par EurActiv.com révélait un tiers de lecteurs issus du monde institutionnel, un tiers du monde de l'entreprise et du lobbying, et un tiers de citoyens, pour une moyenne d'âge de 35 ans. Mathilde Woringer note également une augmentation de la demande de contenus participatifs, d'où la décision de renforcer BlogActiv. Les journalistes employés par le site sont pour la plupart responsables d'une section et développent donc une vue d'ensemble sur une activité. Si la plupart étaient déjà journalistes avant de rejoindre l'équipe d'EurActiv.com, ils n'étaient pas tous déjà spécialisés dans les questions d'intégration européenne. Beaucoup ont commencé par effectuer un stage au sein du média.

« Le nombre d'employés est assez équilibré entre secteur éditorial et vente », explique la responsable. Plusieurs pôles forment le département marketing. Quelque six à huit personnes sont responsables des relations avec les « sponsors », qui sont généralement de grosses entreprises comme Boeing, Visa ou Nike. Viennent ensuite les « EurActors », de taille plus modeste, comme des ONG, des PME ou des fractions politiques du Parlement européen. Petites et grandes entités collaborent selon un même modèle général avec EurActiv : ils sponsorisent des sections éditoriales et leur logo apparaît sur la page de la section en question. « Ils donnent aux journalistes les moyens d'écrire, mais n'interviennent pas sur le contenu », souligne Mathilde Woringer. Les sponsors ont toutefois la possibilité d'insérer leurs propres communiqués sur le site. « C'est un peu un échange de bons procédés, nous pouvons nous développer et ils peuvent se présenter sous un jour, comme contributeurs au débat européen, car nous avons une grande visibilité dans les milieux institutionnels. » Quant aux sponsors politiques, cela leur « permet de montrer qu'ils sont en pointe sur les sujets européens et ouverts au débat même quand ça ne va pas dans leur sens ».

Ce modèle d'affaires suscite toutefois de nombreuses critiques de la part d'observateurs extérieurs, comme Les Dessous de l'Europe, un des rares exemples de sites Internet francophones critiques vis-à-vis de l'Union européenne et consacrés exclusivement aux affaires européennes (comme nous l'avons vu précédemment, si les sites « europhobes » sont nombreux, la plupart n'opèrent pas de suivi continu des actualités européennes). Dans un article au vitriol, il dénonce le « journalisme d'influence » pratiqué par EurActiv, dont le modèle s'approcherait plus de la communication d'entreprise que de l'information impartiale.

Outre le sponsoring, EurActiv.com tire ses revenus de la publicité, de son services d'offres d'emploi en ligne - un des premiers sur les affaires européennes - et de ses projets. Concernant ces derniers, une équipe est spécifiquement chargée de suivre les appels d'offre de la Commission. En 2010, le site a développé trois projets, avec la Direction Générale (DG) Entreprise, la DG Régions (REGIO) et la DG Elargissement. « La DG REGIO voulait par exemple faire connaître les initiatives qu'elle prend au niveau régional. Comme quelqu'un est spécialisé dans les affaires régionales au sein de chaque filiale d'EurActiv, nous avons essayé d'ouvrir le débat et de promouvoir la thématique régionale - sans forcément promouvoir la DG elle-même. »

Le financement se répartit de la façon suivante entre trois grandes sources de revenus : 30 à 40% issu des « sponsors », qui déboursent une plus grande somme que les « EurActors », 30% des projets et 20 à 30% des euractors, de la publicité et des offres d'emploi,   pour un budget à hauteur de 500'000 euros pour tout le groupe EurActiv, maison-mère et filiales.

« EurActors » comme « sponsors » peuvent en outre organiser des événements en collaboration avec EurActiv.com. « Nous en organisons entre vingt et trente par semestre, explique Mathilde Woringer. Il peut s'agir d'une conférence sur une politique donnée organisée en association avec un sponsor en leur prêtant nos locaux, mais ils font aussi parfois des événements privés. » La liste des invités est réalisée par les sponsors eux-mêmes, mais EurActiv.com ne s'engage pas à écrire automatiquement quelque chose sur l'événement en question.

Certains sponsors ont en outre intégré à leurs accords le fait de participer à la définition de deux Links Dossiers par an.  EurActiv.com en publie un par semaine : « Les sponsors peuvent financer le débat, mais nous donnerons la parole à toutes sortes d'acteurs. » Certaines sections à la mode, comme le développement durable, attirent plusieurs sponsors, mais d'autres n'ont qu'un seul sponsor, voire pas de sponsor du tout. « Les EurActors ont plutôt une optique de visibilité, alors que les sponsors, en principe déjà bien établis et connus, sont plus sensibles à leur domaine propre, plus sectoriel. Par exemple, certains sponsors sont intéressés par l'extraction du gaz de schiste. Il faut faire avancer le débat pour pouvoir en parler, et EurActiv est tout indiqué pour cela. » Pour Mathilde Woringer, la force du site est son réseau et les prises de position qu'il publie : « En les rendant publics, nous faisons avancer le débat. Par exemple, dans certains pays qui n'ont pas d'intérêt très marqué pour les affaires européennes, nous faisons des partenariats avec des médias locaux pour développer des sections « Europe ».

Pour elle, l'Union européenne est cantonnée entre quatre murs : « On ne connaît rien aux politiques européennes. Notre mission s'inscrit dans la formation d'une opinion publique européenne, qui passe par le débat. » Les journalistes sont ainsi formés pour écrire de façon assez vulgarisée, même s'il faut « tout de même avoir un certain intérêt pour les affaires européennes » pour consulter le site. « Notre axe actuel, c'est les nouveaux médias et les blogs. Le but n'est pas de sortir de notre aspect technique - qui est aussi notre force, mais d'élargir le débat via les blogs de manière moins technique. Si nous sommes bons sur le contenu, il y aura toujours des gens prêts à débattre sur des sujets qui ont des répercussions sur 500 millions d'Européens ! »

 

4) EurActiv.fr

Comme nous l'avons vu dans la présentation précédente, si EurActiv.com, basée à Bruxelles, est la maison-mère, la société d'édition en ligne publie dans quinze déclinaisons nationales des contenus d'informations européennes. Clémentine Forissier est la rédactrice en chef du site français EurActiv.fr, dont la rédaction se trouve à Paris : « C'est de la presse professionnelle, notre public veut connaître le détail des textes discutés à Bruxelles et leur implication en France. » Le site n'est certes pas grand public, mais il souhaite développer plus d'outils de compréhension, car « un lecteur spécialisé dans l'énergie ne sait pas forcément ce qui se fait dans l'agriculture. » Les journalistes développeront par exemple un diaporama pédagogique sur la Politique Agricole Commune (PAC) comprenant les éléments-clés de cette politique communautaire. « En marge de l'actualité chaude, il y a de la place pour des articles plus magazine. »

Le coeur de métier du média reste cependant de faire le lien entre les politiques européennes et les débats français ou entre les politiques françaises et européennes, comme le débat sur le « Grenelle de l'environnement ». Le site approche les 50'000 visiteurs uniques et 190'000 pages vues par mois. Une équipe de dix personnes est employée par EurActiv.fr, dont trois rédacteurs et deux stagiaires. En 2010, le chiffres d'affaires s'élevait à 380'000 euros. L'équipe détient 55% des parts et EurActiv.com 34%. Le site est rentable et a dégagé une marge bénéficiaire de 15'000 euros en 2010. La répartition des revenus s'élève comme suit : partenariats 45%, publicité moins de 40%, cession de republication 5%, événementiel 10%.

Comme franchise de EurActiv.com, le site français doit respecter la condition de fournir une information apolitique en ligne sur l'Europe. « Nous ne réalisons pas de publireportage, nous sommes un média indépendant. Tous les journalistes ont une carte de presse. » En nouant un partenariat avec le média européen sur certains dossiers, des organismes comme EDF ou des collectivités territoriales « souhaitent qu'EurActiv.fr traite de façon neutre les sujets qui les intéressent en donnant les positions de tous les acteurs impliqués. » L'intérêt du média est qu'il est très lu dans les institutions et par les journalistes et les étudiants.

« Par exemple, lorsque la libéralisation du marché énergétique est négociée à Bruxelles, un partenaire comme EDF veut que l'information sur EurActiv fasse le lien entre l'Europe et la France et permette de décoder ce qui se passe à Bruxelles de façon exhaustive en clarifiant les positions de chacun et en mettant dans la balance tous les intérêts en jeu. » Pour Clémentine Forissier, le fonctionnement des partenariats avec EurActiv.fr s'apparente à celui d'une « chaire d'université parrainée par des entreprises » sur certaines rubriques en développement.

Mais les lignes rouges doivent être claires : « Mon travail en tant que rédactrice en chef, c'est de faire en sorte que le sponsor ne s'imagine pas qu'on va faire du publireportage », explique la journaliste, qui relate qu'il lui est « arrivé de devoir refuser de faire l'interview du directeur de l'entreprise  partenaire, car ce n'était pas intéressant dans l'actualité ». Pour préserver son indépendance, le média essaie d'avoir recours à différents types de financeurs sur une rubrique, pour éviter toute forme d'exclusivité. Les journalistes d'EurActiv.fr réalisent également des dossiers mensuels pour d'autres journaux, par exemple la Gazette des Communes en France, « intéressée par des dossiers de fond sur les politiques européennes sur les collectivités territoriales ».

Le site d'information européenne en ligne propose trois axes de partenariats : dossiers, publicités classiques qui redirigent vers le site et événementiel. En la matière, il propose à ses partenaires d'organiser des petits-déjeuners consacrés à des thèmes spécifiques comme la transposition de la directive service de paiement en France, la sûreté nucléaire ou la libéralisation des jeux en ligne. « Nous convions à ces petits-déjeuners tous les acteurs intéressés, un public très ciblé comprenant ONG, institutions, entreprises ou syndicats. L'objectif est de permettre un dialogue entre le panel et le public. » A chacun son intérêt : pour les journalistes, outre un revenu, l'événement donne une indication de ce qui se dit sur la transposition d'une loi, tandis que pour le partenaire c'est le réseautage qui prime. EurActiv.fr organise environ six événements de la sorte annuellement.

Clémentine Forissier défend le statut de journalistes à part entière des rédacteurs en ligne, disposant d'ailleurs de la carte de presse et formant des stagiaires. « Notre pari est gagné si nous réussissons à raconter comment en France un dossier européen est géré, ce qui se prépare, les points de blocage côté français. Nous essayons de raconter une histoire, ce qui n'est pas toujours facile avec l'Europe, un sujet assez aride. » Lorsqu'ils intègrent le média, les rédacteurs ont en principe déjà un profil d'expert en journalisme européen.

Contrairement à sa maison-mère confrontée à la concurrence d'Euobserver et European Voice à Bruxelles, le site EurActiv.fr n'a pas de compétiteur direct. « Lorsque nous sommes arrivés à Paris en 2007, personne ne nous connaissait. Notre crédibilité vient d'abord de l'information que nous publions : nous réalisons de bonnes synthèses de ce qui se dit. » Le site a aussi pu bénéficier de la notoriété du site bruxellois dans les cercles européens : « On nous confond toujours avec EurActiv.com mais ça ne nous dérange pas ! La force d'EurActiv, c'est le réseau : je peux par exemple appeler le chef du bureau allemand pour avoir l'opinion de Berlin sur le nucléaire européen en quelques minutes. »

 

5) European Voice

Les mauvaises langues le surnomment le « bulletin interne de la Commission européenne ». L'hebdomadaire European Voice se caractérise par son fort ancrage au sein des institutions européennes, suivant au plus près l'actualité communautaire. L'édition papier a été lancée en 1995 par le groupe de presse britannique The Economist. Il s'agissait alors surtout d'une décision commerciale et stratégique. Ayant racheté avec succès le titre américain Roll Call, qui suit l'actualité au Capitole depuis 1955, l'idée était de lancer un hebdomadaire similaire à Bruxelles, sur la lancée du traité de Maastricht, sensé faire de la ville un grand centre de décision. Le décollage politique de l'UE n'a pas eu lieu dans proportions attendues, mais The Economist peut se targuer sur son site Internet de posséder deux « marques publiques ciblant les preneurs de décisions sur la colline du Capitole et à Bruxelles ».

Tous les contenus papiers sont mis à disposition en ligne le jour de parution du journal, le mercredi, qui voit aussi le pic de fréquentation hebdomadaire. « Le site dans sa version actuelle date d'il y a quatre ans, explique Lorenzo Morselli, chargé de l'événementiel chez European Voice. Auparavant, on y trouvait juste l'édition papier en format assez basique, sans contenu web propre. » Le journal ne compte pas d'équipe dédiée à la production Internet, mais un pool de huit journalistes ainsi que des pigistes. A ces personnes, il faut ajouter trois employés chargés du marketing, une dizaine dans la vente, un dans les finances, un dans l'administration ainsi que l'éditeur. Soit un léger avantage numérique aux commerciaux sur les journalistes.

La circulation de l'édition papier s'élève à 19'000 numéros par semaine. « Nous sommes numéro un à Bruxelles en version papier, le Financial Times est l'un de nos principaux concurrents, poursuit Lorenzo Morselli. Quant à New Europe et The Parliament Magazine, ils n'ont pas la même indépendance éditoriale. » Le titre se démarque aussi des pages Europe du magazine The Economist, au point de vue « plus britannique, plus global, plus eurosceptique ». « J'ai été surpris de la diversité culturelle et linguistique en intégrant l'équipe, car je m'attendais à quelque chose de beaucoup plus britannique, explique le responsable. A l'époque, la rédactrice en chef était Roumaine. »

En février 2011, EuropeanVoice.com comptait quelque 123'000 visiteurs par mois, dont 74'000 visiteurs uniques, pour 273'000 pages vues, ainsi que 12'000 abonnés à la lettre d'information électronique hebdomadaire. En décembre 2010, le chiffre était de 93'000 visiteurs uniques, contre 68'000 trois mois auparavant. « Il y a une hausse du lectorat lors des sommets de l'UE, et une baisse importante lors du creux estival. » La mise à jour du site est quotidienne, les sujets proposés uniquement sur Internet sont gratuits, mais une partie des contenus papiers mis en ligne sont payants ou réservés aux abonnés.

Le journal dit fournir un effort pour décrypter et rendre clair des discussions très techniques, mais reste une publication très spécialisée, difficile d'accès pour qui n'a pas de connaissance préalable de l'Union européenne. « Notre profil type de lecteur a fait des études supérieures et travaille dans un domaine en rapport avec les institutions européennes, explique Lorenzo Morselli. Nous sommes par exemple assez lus au Département d'Etat américain ou dans les représentations diplomatiques. » La Belgique est le premier pays de résidence des utilisateurs du site (27%). Les Etats-Unis arrivent en deuxième place (11%), devant le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France, ce qui corrobore la pénétration du média dans les cercles diplomatiques et parlementaires américains.

Le journal trouve son financement dans deux types d'activités : la publicité et l'organisation de conférences à Bruxelles. « Ces conférences sont sponsorisées et couvrent des dossiers en discussion dans les institutions. L'intérêt des entreprises privées est de faire passer un message : ils nous sollicitent car nous sommes un média indépendant avec une réputation de sérieux et d'équilibre dans la couverture de l'actualité et l'organisation des événements. » La publication se charge d'organiser le programme et affirme avoir le dernier mot sur le choix des orateurs, mais le sponsor peut aussi lancer ses propres invitations.

« Une de nos dernières conférences portait sur la politique industrielle, en présence du Commissaire à l'Industrie, du Ministre Hongrois de l'Industrie, d'un industriel indien et d'un chargé de recherche de The Economist, détaille Lorenzo Morselli. L'événement, sponsorisé par BMW, a attiré une centaine de personnes, était gratuit et ouvert au public. » En l'occurrence, la firme allemande n'était pas représentée par un orateur, mais peut trouver son intérêt dans le « réseautage » lors du cocktail suivant la conférence. « Ceux qui viennent nous voir pour organiser les conférences ont une stratégie de communication vis-à-vis des institutions et nous présentons une garantie de crédibilité. Il n'y a pas d'automatisme entre sponsorship et place dans le panel. »

Si la majorité des revenus provient de la publicité, « les annonces papier diminuent et la publicité sur Internet augmente sans être rentable ». En 2008, le titre a dû procéder à une réduction d'effectifs. European Voice doit contribuer financièrement au résultat de la région « Europe » du groupe The Economist. « Les dix premières années, nous avons travaillé à perte, mais il y avait moins d'exigence de rentabilité, c'était le temps nécessaire pour décoller. Aujourd'hui, nous présentons finalement une contribution positive au groupe. »

Le journal maintient son autonomie éditoriale vis-à-vis de son propriétaire, et le style d'écriture labellisé The Economist ne se retrouve guère dans le titre basé à Bruxelles. European Voice souhaite à présent augmenter son public dans les capitales européennes, sortir de Bruxelles et toucher davantage les milieux d'affaires. Mais pour l'heure, quelque 60% des numéros de la publication papier sont adressés directement dans les institutions et représentations permanentes. Il existe aussi une volonté nouvelle de trouver une place au niveau local en tant que média - une tâche qui semble d'autant plus ardue au regard du contenu technique du journal.

 

6) Euros du Village

Mathieu Collet était parti étudier à Cracovie, en Pologne, lorsque les résultats du référendum français au projet de Traité Constitutionnel sont tombés, le 29 mai 2005. « J'étais entouré d'amis Erasmus et nous étions tous désespérés du non. Le soir même, j'ai créé un blog intitulé « Euros du Village », puis mes amis m'y ont rejoint. » Pendant ses deux premières années d'existence, le blog se fait connaître en France, avant de s'européaniser progressivement et de se transformer en véritable plateforme collective européenne de blogs. Aujourd'hui, le site, qui regroupe quatre associations nationales et cinq sections décentralisées, revendique 200'000 visiteurs uniques par mois, soit quelque 6000 visiteurs par jour. Il est disponible en cinq langues (français, allemand, anglais, italien, espagnol).

« Presque tout est bénévole, même la technique, explique Mathieu Collet. La seule exception : nous faisons appel depuis huit mois à des journalistes professionnels pour nos enquêtes. Notre modèle reste celui d'une bande d'amis, mais une certaine professionnalisation se met en place. » Le fondateur des Euros du Village entend rester fidèle au principe de ne pas rechercher de subventions : « Nous ne toucherons jamais rien de Bruxelles, car cela impose des contraintes importantes, beaucoup de travail administratif, et nous ne voulons pas casser notre dynamique avec une dépendance à des budgets européens variables d'une année sur l'autre. » Le responsable livre d'ailleurs une anecdote : « La Commission elle-même était persuadée de nous financer, car elle soutient déjà tellement de projets. Elle nous a même demandé une fois de lui rendre des comptes ! »

Avec un budget annuel de 50'000 euros, les Euros veulent réaliser le plus d'activités par eux-mêmes. « La maintenance du serveur coûte assez cher, mais tout ce que nous pouvons faire par nous-même, nous le faisons. » A commencer par l'interface technologique : « J'ai créé le site moi-même, en passant des nuits à apprendre à programmer. Cela nous donne de la souplesse, sans dépendance à un prestataire et cela représente des coûts en moins. Il n'y a pas non plus de frais d'adhésion ni de cotisations. »

Les Euros du Village tirent leurs sources de revenus de prestations de services. Ils ont par exemple réalisé un film documentaire sur la place du français dans les institutions européennes pour l'Organisation de la Francophonie. Ils fournissent aussi des services de conseil en communication européenne, notamment aux entreprises - surtout des PME - qui souhaitent lancer un blog pour prendre part au débat public. A côté de ces compétences éditoriales et digitales, un autre revenu provient des euroblogs, consultables en ligne sur abonnement payant. Quant aux annonces Google, elles représentent au maximum « 10 euros de revenu par jour ».

Le site créé aussi du contenu, par exemple pour Toute l'Europe. « Ce ne sont pas les bénévoles qui s'en occupent, mais des personnes employées à temps partiel ou des stagiaires », explique Mathieu Collet. Le nombre de salariés évolue d'un mois à l'autre, mais le site comptait quatre personnes à temps partiel à l'heure de rencontrer le responsable, mais a pu employer jusqu'à deux personnes à plein temps. En ce qui concerne Mathieu Collet, il reverse aux Euros du Village tout ce qu'il touche : « C'est comme un deuxième emploi, j'y passe vingt heures par semaine, le but n'est pas de faire de l'argent, mais d'y trouver du plaisir. Au début c'était un blog, aujourd'hui c'est un média autogéré. »

Euros du Village représente un réseau de 350 membres actifs dans huit pays d'Europe. Le contenu du site est axé sur l'analyse, avec des articles très fouillés rédigés pour la plupart par des universitaires, qui n'ont pas de contraintes de longueur. « Nous avons certes un profil académique, mais nous essayons à présent d'angler davantage les articles. Et surtout, nous commençons à faire du terrain. »  Mathieu Collet voit Euros du Village comme un média « tiède », à mi-chemin entre l'analyse froide et le traitement chaud de l'actualité. « Nous avons su nous engager sur la durée en proposant de la qualité, en suivant une logique inverse à l'instantanéité d'Internet. Nous construisons sur le long terme. »

A côté du site à proprement parler, la plateforme des « euroblogs » permet aux étudiants de se former pour rejoindre in fine la « maison-mère ». Ces blogs ont été développés en partenariat avec une dizaine d'universités, dont LSE, Lille, Genève, Bordeaux, Münster, Sorbonne ou Sciences Po. « Nous sommes très sélectifs dans le choix des contributeurs et avons un niveau d'exigence élevé. Du coup, les membres sont très fidèles, car ils s'approprient le projet. » Souvent, les étudiants contribuant aux euroblogs rejoignent le site des Euros lorsqu'ils atteignent la dernière année de master ou entrent dans la vie professionnelle.  « Aujourd'hui, nous sommes plus professionnels qu'académiques, car les anciens étudiants sont devenus des jeunes travailleurs. » Et leur motivation ? « C'est clairement un tremplin dans leur carrière, car peu de médias bénévoles bénéficient d'une telle visibilité. Mais le déterminant reste de produire quelque chose qui sera lu, sans devoir non plus se plier à un cahier des charges rigide. »

Euros du Village publie ainsi environ 150 articles par mois, via trois sources. D'abord, les euroblogs déjà mentionnés, qui sont autonomes. Celui de l'Institut européen de Genève, par exemple, s'intitule «Y'a pas le feu à l'Europe » et est encadré par les professeurs René Schwok et Frédéric Esposito. Deuxièmement, les contributeurs au site principal. Un comité de rédaction se réunit dans plusieurs pays européens afin de lancer des appels à contributions. « Toutes les rédactions sont informées de ce qui se fait dans chaque langue pour éviter les doublons. Beaucoup d'articles viennent de personnes oeuvrant dans les institutions, les ONG, les think tanks à Bruxelles. » Enfin, les pigistes, au nombre d'une quinzaine, qui sont les seuls contributeurs rémunérés, mandatés par le comité de rédaction pour des enquêtes - un secteur que le site entend développer. La traduction, effectuée par les membres eux-mêmes, reste le talon d'Achille des Euros : « Pour la traduction, nous sommes encore loin de Café Babel ! »

Quant à déterminer si les contributeurs sont des journalistes, Mathieu Collet a une position prudente. « Nous sommes adhérents de l'Association des journalistes européens, nous avons une déontologie, nous vérifions l'information et nous employons des journalistes professionnels. Mais ça reste un peu hybride : certains sont engagés à fond dans le journalisme, d'autres à l'université, j'essaie de tirer le meilleur de chacun d'entre eux. » Et la ligne éditoriale ? « La construction européenne n'est pas notre préoccupation, nous ne prêchons pas la bonne parole. Nous voulons juste informer et éclairer sur des enjeux. Je ne suis pas fédéraliste et nous pouvons nous montrer très critiques de l'UE, par exemple en faisant un classement des députés les plus en vue ou de ceux qu'il faut oublier. Nous ne sommes pas la génération Erasmus. »

Selon une étude de lectorat menée par le site, près de 45% des lecteurs des Euros ne sont pas intéressés à priori aux questions européennes, mais trouvent le site par des moteurs de recherche.  Leur moyenne d'âge est de 25 à 35 ans et une majorité d'entre eux résident dans une grande ville européenne. « Nous ne faisons pas de pédagogie, mais c'est difficile sur un sujet comme l'Europe. Heureusement, nous pouvons rendre des « navets » très bons en les mettant bien en valeur, en adoptant le bon éclairage ! »

7) Eurotopics

La revue de presse européenne en ligne Eurotopics est un service proposé par le Centre fédéral allemand pour l'éducation politique (Bundeszentrale für politische Bildung/bpb). Cet organe du gouvernement allemand, qui fêtera ses soixante ans d'existence en 2012, a été institué au lendemain de la Seconde guerre mondiale, dans un pays marqué par la dictature nazie. Sa tâche majeure demeure la sensibilisation de l'opinion publique à l'importance de la démocratie et de la participation politique. Comme l'explique le centre lui-même, de l'expérience des régimes dictatoriaux de l'histoire allemande émane la « responsabilité particulière » de la République fédérale d'Allemagne de consolider dans les esprits de ses citoyens des valeurs comme la démocratie, le pluralisme et la tolérance. Son travail vise notamment à « renforcer et faire progresser la société civile ».

Le processus d'intégration européenne ayant joué un rôle important dans la stabilisation démocratique de l'Allemagne, le centre propose depuis 2005 la revue quotidienne de plus de 300 journaux, magazines et blogs de 28 pays (l'UE et la Suisse), comme un véritable projet d'éducation citoyenne. Le site Eurotopics vise à « restituer une image réaliste des divers débats et discussions nationaux et favoriser les débats transeuropéens ». La revue paraît du lundi au vendredi en cinq langues : allemand, anglais, français, espagnol et polonais. Le Centre fédéral pour l'éducation politique mandate depuis mai 2008 le Réseau pour l'Information sur l'Europe de l'Est (n-ost), basé à Berlin, pour réaliser cette revue de presse sur Internet.

A ses débuts, elle était élaborée par la société Perlentaucher Medien en coopération avec Courrier International. Mais le mandat a été interrompu suite aux attaques publiées dans la  Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) par un ancien collaborateur d'eurotopics, Olaf Sundermeyer, contre le modèle d'affaires « résumant la pensée des autres » et « aux crochets de l'argent public » de Perlentaucher. Détail piquant, comme le souligne Joachim Wille dans la Frankfurter Rundschau : Olaf Sundermeyer est correspondant en Ukraine pour le nouveau prestataire, le réseau n-ost, au conseil consultatif duquel siège par ailleurs Werner d'Inka, un des éditeurs de la FAZ.

Le réseau n-ost a un statut juridique d'organisation non gouvernementale. « Nous produisons Eurotopics pour le Centre fédéral pour l'éducation politique, car cela rejoint notre objectif de contribuer à l'émergence d'une sphère publique européenne », précise Christian Mihr, rédacteur en chef du site. Depuis 2002, n-ost se concentre sur trois activités : produire du contenu journalistique pour les médias allemands, « car nous étions insatisfaits de l'image des pays d'Europe de l'Est dans les médias occidentaux » ; organiser des voyages ou des formations en Europe orientale pour les journalistes ; créer un réseau d'échange entre environ 200 médias partenaires à l'Est. « Nous ne sommes cependant pas uniquement centrés sur l'Est, explique le responsable. Tous nos rédacteurs doivent être au bénéfice d'une expérience à l'Est et à l'Ouest. »

Financé à 100% par l'Etat allemand, à hauteur de 700'000 euros annuels, le site emploie quatre personnes à la centrale de Berlin et entretient un réseau compris entre 35 et 40 correspondants à travers l'Europe, ainsi que des traducteurs. Il n'a pas à l'heure actuelle l'ambition de s'étendre vers de nouvelles langues de travail. A l'inverse de Presseurop, qui fournit également une revue de presse européenne et publie certains articles dans leur intégralité, Eurotopics ne diffuse que des extraits traduits des articles originaux sélectionnés, vers lesquels le site renvoie. « Je ne les considère pas comme des concurrents, explique Christian Mihr. Ils font un travail un peu différent: d'une part, ils essaient de produire aussi des contenus propres, d'autre part, ils ont plus orientés vers les politiques de l'Union européenne. » Eurotopics entend conserver une certaine autonomie éditoriale : « Nous ne publions pas notre propre opinion, mais faisons connaître une série d'opinions diverses. Nous pouvons par exemple publier un article au contenu très antisémite d'un média hongrois, s'il est pertinent. »

Chaque matin, les correspondants disséminés à travers l'Europe proposent des articles, qui totalisent parfois plus d'une centaine par jour. « Nos critères de sélection sont la diversité en termes de thématique et pays, ainsi que d'éviter au possible les sujets ciblant trop fortement les politiques de l'UE. Notre idée est que les citoyens européens ont besoin d'une diversité de points de vues. Par exemple, la relation entre l'Eglise et l'Etat est débattue au niveau national dans plusieurs pays, nous voulons refléter ces discussions parallèles mais déconnectées. »

Parmi les lecteurs d'Eurotopics, il faut compter en priorité des « acteurs politiques, des académiques et étudiants, ainsi que des journalistes ». Ces derniers constituent une audience en croissance, utilisant le site pour trouver des idées d'investigation, comme il couvre certains pays « peu connus ». Le premier pays en termes de lectorat demeure l'Allemagne, où le Centre fédéral pour l'éducation politique bénéficie d'une « très bonne réputation ». Eurotopics coopère également avec des médias européens comme Gazeta Wyborcza, Der Standard ou Café Babel, qui décident d'intégrer le contenu de la revue de presse sur leur propre site. « Par ce biais, nous essayons de créer une sphère publique européenne et de rassembler des citoyens de l'Est et de l'Ouest. »

8) Eurozine

Eurozine est un magazine en ligne un peu à part dans cet abécédaire, associant 80 journaux culturels européens. Lancé en 1998, le site est basé sur un réseau européen fondé en 1983 déjà. « A l'époque, il existait très peu de contacts entre ces journaux, et les fondateurs du réseau estimaient qu'ils auraient beaucoup d'idées à échanger s'ils se rencontraient périodiquement », explique Carl Henrik Fredriksson, rédacteur en chef d'Eurozine. Une première réunion est organisée en Suisse, à Bossey, en 1983, et les rencontres s'échelonnent ensuite à deux ans d'intervalle. « Ces événements étaient fantastiques, mais il n'y avait aucun échange entre les rencontres. » L'idée surgit alors en 1997 de créer un centre virtuel pour ce réseau, afin de rendre possibles les interactions en tout temps. « L'idée a rencontré un immense scepticisme de la part des journaux membres, car les éditeurs pensaient qu'Internet était dévolu soit à de la pornographie soit à des textes courts. »

Bon gré mal gré, le site d'Eurozine est activé en 1998, reposant sur seulement quatre des 40 journaux membres d'alors. « Nous utilisons Internet comme moyen de distribution, l'idée n'étant pas de lire les essais dans leur intégralité en ligne, mais de les imprimer. La présomption que le web n'était utilisable que pour des textes courts s'est avérée erronée. » Pour devenir membre à part entière du réseau en ligne, les journaux doivent remplir trois conditions : publier une édition papier, être basé en Europe (au sens large) et être un journal cultural. Eurozine coopère aussi avec des organisations ou médias qui ne sont pas membres à part entière, à l'instar d'un journal américain comme Foreign Affairs.

« Nous avons une liste de plusieurs centaines de publications qui souhaiteraient rejoindre le réseau, mais notre lectorat est limité, et nous sommes très prudents quant à maintenir une publication de qualité. » Deux modes de sélection sont possibles : soit le comité éditorial, basé à Vienne, estime spontanément qu'un article publié dans un journal partenaire mérite publication et traduction (la plupart du temps en anglais), soit les responsables éditoriaux statuent sur un article proposé par un des membres. Enfin, le comité peut aussi mandater des textes sur des thématiques particulières, « par exemple pour combler des vides dans des débats en cours ».

Le site publie environ 350 essais par an, d'une longueur comprise entre 20'000 et 40'000 caractères, ainsi que le sommaire de chaque édition papier des journaux partenaires. En outre, il compile une revue de presse hebdomadaire des articles publiés dans les publications des membres. « Si un article d'un journal culturel basé en Slovénie est publié en langue originale mais aussi traduit en anglais dans nos colonnes, il accède à une audience réellement européenne. » Eurozine compte environ 200'000 visiteurs uniques par mois. « Le public cible reste cependant pour chaque magazine les éditeurs des 79 autres publications. Le responsable d'un journal peut par exemple décider de traduire vers l'estonien un article en langue originale. La version anglaise n'est pas le produit fini, mais sert d'intermédiaire. »

Il y a deux ans, Eurozine a introduit une taxe de 200 euros par partenaire. « C'est plutôt symbolique, les nouveaux membres peuvent rejoindre le réseau pour deux ans sans la payer, pour voir si cela en vaut la peine. » Le magazine en ligne, qui vit de contributions de donateurs publics et privés, pourrait être « bien plus étendu », mais ses ressources ne le lui permettent pas. « Le financement est un thème très difficile, avertit Carl Henrik Fredriksson. Le problème principal réside dans le fait que les contributeurs financiers potentiels raisonnent en termes nationaux et pas d'une manière transnationale comme Eurozine. » Au cours des ans, le site a notamment été soutenu par les programmes culturels de la Commission européenne, le gouvernement autrichien et la ville de Vienne, Allianz Kulturstiftung et European Cultural Foundation, pour un budget de « quelques centaines de milliers d'euros par an ». « Une autre difficulté réside dans le fait que la plupart de ces contributions visent des projets bien spécifiques, ce qui empêche d'atteindre une continuité budgétaire. Nous ne savons pas si Eurozine pourra subsister, parce que qu'il nous manque un vrai financement de base. » Sur les dépenses, le pourcentage consacré à la traduction est très élevé, le réseau rémunérant une centaine de professionnels. Viennent ensuite quatre membres à plein temps ou à temps partiel s'occupant de la coordination éditoriale, basés à Vienne. Enfin, le site compte un comité éditorial. un panel de conseillers, et des correspondants et consultants, chargés notamment de dénicher de nouveaux membres potentiels. « La plupart de ces personnes travaillent à titre bénévole. »

Sur le site d'Eurozine, on peut lire que les « journaux culturels sont le secteur actif dans les médias qui s'approche le plus de la définition d'un espace public européen ». Pour le responsable du magazine, « depuis la République des Lettres, c'est dans le domaine de la culture qu'on trouve l'ambition transnationale qui fait défaut aux autres types de sphères. Vue de Bruxelles, la sphère publique européenne devrait être définie de manière beaucoup plus large, de façon à inclure, au-delà de la politique, les domaines de la société et de la culture. »

9) Le Taurillon

Il faut remonter à 2005 et aux débats autour du référendum sur le Traité constitutionnel européen pour trouver l'origine du Taurillon, un site consacré aux questions européennes lancé par les Jeunes Européens France (JEF). « Cette campagne politique a révélé le phénomène d'Internet, sa capacité de démultiplication », explique Fabien Cazenave, qui a été rédacteur en chef du Taurillon de 2006 à 2008 et travaille aujourd'hui à Toute l'Europe. Comme la majorité des leaders d'opinions politiques et médiatiques se prononçaient en faveur du traité, les citoyens estimant que le débat n'était pas joué ont cherché leurs informations ailleurs. « Ils se sont tournés vers Internet, où l'extrême gauche et l'extrême droite ont bien su se développer. Ils sortaient tous les mêmes passages et tissaient des liens entre eux. Du coup, le camp du non de gauche a réussi à imposer sa clé de lecture : veut-on une Europe sociale ? »

Au lendemain du refus du traité en France, les militants fédéralistes comme Fabien Cazenave ont eu la « gueule de bois ». « Nous faisons partie d'une nouvelle génération qui s'est dit en 2005 : il faut rattraper notre retard, car nous avons été trop gentils. » La réponse se nomme Le Taurillon, un site « hybride », à la fois pédagogique et militant. « C'est un magazine qui apporte un commentaire sous un prisme fédéraliste à l'actualité européenne. L'intérêt de ne pas être labellisé trop explicitement Jeunes Européens France, c'est qu'il n'y a pas qu'eux qui s'expriment. Nous ne sommes pas alourdis par leur hiérarchie. Nous essayons d'offrir un discours où tout le monde peut se rapprocher sur la construction d'une Europe politique, les « nonistes » comme ceux qui ont voté oui au référendum. »

Parallèlement, le réseau des Jeunes Européens France est une chance pour le site, qui revendique une mentalité très « blog » : « Il arrive tous les ans des nouveaux militants, et aussi toujours de nouveaux auteurs. En revanche, nous comptons très peu d'auteurs réguliers, sur les 400 personnes qui ont contribué au Taurillon au total. » Durant le mandat de Fabien Cazenave (2006-2008), le nombre de visiteurs par mois est passé de 30'000 à 90'000. Ce chiffre est demeuré stable depuis lors. Quant aux contenus, les plus gros succès d'audience concernent avant tout les prises de positions, les « cartons rouges » contre des hommes politiques français. Le site est également représenté dans des versions en allemand, anglais et italien, car il fait partie de la JEF Europe. « Nous avons vraiment pris l'initiative et suscité une émulation chez les Allemands, les Anglais et les Italiens de la JEF Europe, les Italiens. Ils ont pris leur propre nom, mais ils sont sur le même site et nous traduisons de temps en temps leurs articles. »

En termes de revenus, la publicité en ligne permet de financer le serveur du Taurillon. « Nous avons un budget ridicule, nous payons juste le serveur quelques centaines d'euros. Personne n'est rémunéré, mais c'est une expérience valorisante : certaines personnes m'ont même demandé de leur faire des lettres de motivation. » Les auteurs ne se revendiquent pas journalistes : « Nous sortons très peu d'informations, notre créneau se situe plutôt dans le commentaire d'actualité. A Toute l'Europe, j'ai une thématique, je trouve les informations et je les vérifie auprès d'autres sources, tandis qu'au Taurillon, je ne vérifie pas à nouveau, j'ai plutôt une mentalité de blogueur. L'article idéal, c'est une introduction, le fait d'actualité qui amène à la problématique, de la pédagogie et ensuite le commentaire en tant que tel. »

Le site est populaire notamment dans le milieu de l'enseignement, auprès des professeurs et des étudiants. « Ceux qui nous lisent en priorité s'intéressent aux thématiques européennes, mais comme sur tous les sites, beaucoup y parviennent par erreur, via des moteurs de recherche. Un article intitulé « Europe, sex and fun » a par exemple fait une très bonne audience ! Mais les visiteurs restent pour la plupart moins de cinq minutes sur le site. » Le Taurillon a l'ambition de contribuer à l'émergence d'une sphère publique européenne, en intéressant les visiteurs aux thématiques européennes. « Mais les sphères publiques sont encore nationales et les sphères médiatiques extrêmement fermées au niveau national. Nous essayons d'amener les gens à réfléchir de façon européenne. Un article du New York Times disait récemment que les blogs étaient nos nouveaux cafés-débats virtuels. Ce sont nos brèves de comptoir. »

 

10) myeurop

Sous le nom de myeurop se dévoile un projet ambitieux : développer un site Internet atteignant le grand public via un angle européen sur l'actualité, suivant le mot d'ordre « regarder ailleurs, mieux comprendre ici ». Ancien directeur du service international du quotidien économique français La Tribune, où il avait déjà lancé une page quotidienne intitulée « Vie d'Europe » sur la base de comparatifs, Daniel Vigneron est à la tête du projet. Son constat de base : « Les sites existants traitant d'actualité européenne n'ont pas vocation à avoir une audience large, car ils font de la pédagogie ou s'intéressent à ce en quoi l'Europe peut être utile aux citoyens. C'est trop technique pour intéresser le grand public, mais vise plutôt la population éduquée de niveau universitaire. »

Le journaliste n'en est pas à son coup d'essai : avec son collège Renaud de Chazournes, il avait déjà lancé en 2009 le magazine papier L'Européen, qui n'a pas rencontré le succès escompté et a du être interrompu après trois éditions. Renaud de Chazournes avait lui-même déjà participé au magazine éponyme lancé une décennie plus tôt sous la direction de Christine Ockrent, qui s'était lui aussi soldé par un échec. Il s'agissait alors d'un partenariat entre Le Monde et le groupe de presse britannique Barclay. Par la suite, le titre a été racheté par Vivendi, qui souhaitait relancer un mensuel en 2003 sur « l'Europe des gens », mais la chute de Jean-Marie Messier et les pertes massives de l'ex-Compagnie générale des eaux ont empêché le projet d'aboutir. Renaud de Chazournes est alors parvenu à récupérer la franchise et a relancé l'idée d'un magazine européen dès 2008. Daniel Vigneron devient le rédacteur en chef de la publication, lancée lors des élections européennes de juin 2009. « Le magazine a eu une courte vie pour deux raisons, explique-t-il. D'abord, la sortie du premier numéro juste avant le creux estival, qui nous a plombé auprès des investisseurs. Ensuite, nous n'avons pu réunir que 300'000 euros sur le capital envisagé d'un million d'euros. Suite à des erreurs de gestion lourdes, nous nous sommes retrouvés en redressement judiciaire dès le mois d'août. »

Point positif dans ce tableau qui peut sembler sombre : « Il ne s'agissait pas d'un échec d'audience, avec 35'000 numéros vendus en kiosque. » Forts de ce constat, Daniel Vigneron et Renaud de Chazournes n'abandonnent pas le concept d'un média « sur les Européens plus que sur l'Europe » : comment vivent-ils et quels sont les points de passage entre des systèmes politiques différents ? Les deux journalistes souhaitent aller à l'encontre du « cloisonnement maximal de l'information en Europe », car ils y voient la cause du désamour suscité par l'Union européenne auprès de ses citoyens. « Nous sommes en présence de systèmes et de cultures différentes qui ne se parlent en fait que très peu, estime le responsable. Si on vit en France, on ne sait pas ce qui se passe le même jour en Italie ou en Allemagne, à part la politique spectacle ou les catastrophes naturelles. »

Pour réussir leur projet de site, dont une première version a été mise en ligne en octobre 2010, les deux journalistes misent sur le phénomène de mondialisation : celle-ci s'accompagne d'une angoisse sur l'avenir, notamment sur la « décadence européenne », qui rend les citoyens européens très sensibles à la comparaison avec les autres nations. Le média partage d'ailleurs son siège parisien avec un autre « pure player » français, Rue 89, qui a relevé le pari de l'audience grand public (1,5 million de visiteurs uniques par mois): « Ils ont testé quelques articles de myeurop, et nous avons pu constater que ceux-ci drainaient une belle audience, d'environ 30'000 à 40'000 visites par jour. »

Les responsables du journal en ligne n'entendent pas publier uniquement des comparaisons, qui nécessitent beaucoup de recherche et d'agglomération d'informations, mais diffuser « au moins un article comparatif quotidien, partant d'une actualité nationale. » Comme le site est basé en France, il a par exemple initié un tout d'Europe de l'interdiction du voile, de la réforme de la garde à vue ou encore du débat sur les avions présidentiels : « Lors de ce débat, personne ne s'est intéressé à ce qui se passait ailleurs. Or, nous nous sommes aperçus que les Allemands avaient un budget de flotte gouvernementale trois fois plus élevé qu'en France, ce qui permet de relativiser les faits. » Pour réaliser ces comparatifs sans pratiquer du « data journalism soi-disant objectif », myeurop s'appuiera sur un réseau de correspondants chargés de « digérer » la matière et de rendre les chiffres explicites, notamment les statistiques provenant d'Eurostat.

Le site, qui se revendique « généraliste », se situe dans la catégorie des sites d'information politique non spécialisés. « Nous abordons tous les sujets, selon un critère bien défini : c'est européen ou cela a un intérêt qui dépasse les frontières nationales. C'est une logique d'Europe continent : nous ne nous s'interdisons pas de traiter des Balkans, de l'Albanie, de l'Ukraine, et de la Turquie. » Les correspondants émanent notamment des réseaux que Daniel Vigneron avait constitués à La Tribune. Il s'agit pour la plupart de journalistes français installés à l'étranger. Pour l'heure, myeurop entretient un réseau de cinq correspondants permanents, encore pigistes mais qui ont vocation à travailler à plein temps pour le média dans les grandes capitales européennes : Londres, Madrid, Rome, Berlin, Bruxelles. A ces journalistes s'ajoutent une douzaine de pigistes actifs, dans l'objectif de « mailler l'ensemble de l'Europe ».

Si le site a été lancé en français, il ne compte pas en rester là, mais s'étendre vers d'autres langues pour offrir un visage véritablement « européen ». En septembre 2011 devraient être lancées une version définitive française et une version « internationale » en anglais, digne d'un journal quotidien, avec une douzaine de nouveaux contenus par jour, contre trois ou quatre articles actuellement. « Les articles seront traduits, sauf ceux qui sont générés par une actualité très française, comme la réforme de l'audiovisuel public, qui ne suscite pas forcément d'actualité auprès des Allemands ou des Italiens. » Suite à cette première étape, durant laquelle le pôle de décision sera encore centralisé à Paris, la stratégie de myeurop à moyen terme consiste à faire paraître le site en cinq langues : français, anglais, allemand, italien, espagnol. Soit cinq sites gérés de façon décentralisée depuis les capitales européennes, avec un pot commun et environ 60% de traduction des contenus, mais aussi une production propre. « A l'horizon du dernier trimestre 2012, nous devrions pouvoir présenter un site vraiment européen. »

Comment financer un projet aussi ambitieux ? « C'est très long », concède Daniel Vigneron. Les responsables de myeurop ont commencé par récupérer la propriété du modeste site Internet du magazine L'Européen, afin d'obtenir des subventions du fonds français de développement de l'information accordées aux « pure players ». Le site s'est ainsi vu octroyer une aide à hauteur de 340'000 euros pour trois ans, jusqu'à fin 2012, sous forme d'avance remboursable afin de lancer le projet et de rémunérer les journalistes. Dans les faits, il a reçu 50'000 euros d'avance : pour toucher le reste, il lui faudra justifier d'une consommation éligible en levant notamment des fonds auprès d'investisseurs. Le site compte aujourd'hui quatre associés principaux, qui représentent 94% du capital de 90'000 euros, auxquels s'ajoutent les 50'000 euros de subvention. A charge aux responsables de lever maintenant environ 500'000 euros de la part d'investisseurs directs, ainsi qu'une autre source de subvention sous forme de « Société des amis de myeurop », grâce auxquels ils espèrent lever 100'000 euros supplémentaires.

L'argument de myeurop auprès des fonds d'investissements : « Nous donnons une dimension européenne à l'information. Par rapport aux autres pure players comme Rue89, qui est proche de l'équilibre financier en France, nous nous développons sur un marché européen. La rentabilité est aussi une question d'échelle. Nous nous installons sur un marché potentiel de 500 millions de personnes, c'est un argument très solide. » Le site évalue son potentiel de lectorat à 1,5-2 millions d'audience par grand pays. « En tout, nous visons 10 à 12 millions de lecteurs. Vu la mutualisation, cela offre une belle rentabilité. » Cela ne semble pas une mince affaire : pour faire parler de lui, le site doit proposer des sujets bien référencés sur Google, comme Mediapart a su le faire avec l'affaire Woerth en France. Pour l'heure, myeurop reste à un niveau « confidentiel » de visites mensuelles : 30'000. « Mais nous constatons qu'il y a des sujets qui marchent. Nous travaillons beaucoup sur le référencement. Il faut les bons mots-clés : un de nos sujets, qui a fait 6500 visites en un jour, traitait du « Sarkoshow,  inconcevable ailleurs en Europe. »

Quel modèle économique pour faire tourner un site d'envergure européenne ? Plusieurs pistes sont explorées par les responsables de myeurop. En matière de publicité en ligne, les recettes sont pour l'heure extrêmement maigres : « Il faut générer beaucoup d'audience, mais nous visons justement un site d'audience. A l'heure actuelle il y a des annonces Google, mais ça ne rapporte rien. Nous commencerions à gagner de l'argent à partir de 300'000 visiteurs par mois. La publicité classique ne permet jamais de boucler un budget, mais elle peut couvrir entre 35 et 40% de nos coûts. » En proposant des contenus culturels et touristiques, le site vise aussi l'affiliation commerciale avec des voyagistes. A ces initiatives s'ajoutent les fonds issus de la communauté myeurop évoquée plus haut, ainsi que la vente de contenus, par exemple à la presse régionale en publiant des comparaisons entre régions d'Europe. Autre source de revenus potentiellement importante : le marché des intranets d'entreprises, « technologiquement au point, mais au contenu souvent affligeant de pure communication, qui n'arrive pas à fédérer les employés. » Quant à l'abonnement payant, s'il peut fonctionner  pour des sujets spécialisés, le contenu généraliste de myeurop l'oriente plutôt vers un modèle d'accès gratuit. « Mais nous n'abandonnons pas l'idée de proposer certains contenus payants, pour les professionnels ou par exemple en compilant une sélection des meilleurs contenus de la semaine, on fait le pari que les lecteurs peuvent être intéressés à terme par un média hebdomadaire d'accès payant. L'avantage des pure players, c'est que nous n'avons pas d'infrastructure à gérer. Si nous réussissons notre pari de l'audience et si entre 1 et 2% d'un million de visiteurs sont d'accord de payer un euro par semaine, cela procurerait 600'000 euros de revenu par année. »

« Pour tout ce qu'on appelle l'émergence d'une opinion publique européenne, nous aurons besoin d'un média comme myeurop, plaide Daniel Vigneron. Nous sommes les premiers à proposer une offre globale sur Internet. » Pour le journaliste, on peut chercher encore longtemps cette fameuse sphère européenne : « Tant qu'on ne connecte pas les pays, cela ne marchera pas. Il faut d'abord que les gens sachent ce qui se passe chez leur voisin. Nous avons une exigence démocratique, car les politiques déforment toujours ce qui se passe à Bruxelles mais aussi la réalité des autres pays. Par exemple, en 2007, Nicolas Sarkozy a déclaré devant les téléspectateurs que les Allemands avaient une croissance supérieure. Mais c'était faux ! Nous ne sommes pas des militants de la construction européenne, mais des militants de la démocratie. » Reste à voir maintenant si un site contenant le terme « Europe », jugé rédhibitoire par la doxa journalistique, gagnera le pari de conquérir le grand public et fera taire ses contradicteurs.

11) Nouvelle Europe

Nouvelle Europe est un site Internet spécialisé couvrant une zone géographique particulière : l'Europe centrale et orientale. « L'élément fondateur a été l'élargissement de 2004, explique Philippe Perchoc, jeune professeur à la Sorbonne, à l'origine du projet. L'intérêt de départ était de faire découvrir ces pays qui allaient rejoindre l'Union européenne et dont nous ne savions rien. » Si aujourd'hui, de l'avis de l'intéressé, cette méconnaissance demeure bien ancrée, Nouvelle Europe a connu un bel essor depuis son lancement en 2005. « En 2006, nous avons proposé à Arte de faire le tour de la Baltique en voiture, ce qui nous a permis de vendre onze petits films de cinq minutes. Cela a fait connaître Nouvelle Europe et je suis tombé amoureux des pays baltes ! » Les chercheurs, « qui écrivaient toujours des papiers, mais n'étaient lus que par leurs professeurs, » se révèlent particulièrement enthousiastes de participer à Nouvelle Europe. Pas de journalisme au sens d'un suivi de l'actualité, plutôt de la vulgarisation universitaire, à forte valeur ajoutée : tout le contenu est d'ailleurs décidé six mois à l'avance.

Le site est alimenté par une quarantaine de contributeurs bénévoles, qui se réunissent une fois par mois à Paris, pour ceux qui le peuvent. Des réunions sont également organisées périodiquement  à Londres et à Bruxelles. Les contributeurs sont originaires pour moitié d'Europe de l'Est, pour moitié de l'Europe de l'Ouest, mais partagent un profil international et très mobile. Quelque cinq personnes forment le « noyau dur » de la gestion du site, s'occupant des débats et simulations que le réseau organise, de la trésorerie, du secrétariat de rédaction. Parallèlement, le site a lancé un système intitulé la « pépinière » : pendant quatre mois, des étudiants s'entraînent à écrire des articles sous la supervision d'un doctorant contributeur à Nouvelle Europe, puis deviennent des rédacteurs à part entière. « Nous ne prenons pas de textes de l'extérieur, nous basons notre travail sur la confiance et nous avons envie de nous connaître mutuellement. »

Les contenus sont organisés selon une thématique bien particulière chaque semestre, comme la Méditerranée, la Baltique, le tourisme, les empires. Deux à trois nouveaux articles sont publiés chaque semaine. Certains contributeurs travaillent dans les institutions européennes, mais le devoir de réserve implique que personne n'écrive sur un sujet connexe à son métier. Le site draine entre 50'000 et 60'000 connexions par mois. « C'est moins que les autres, mais vu notre forme et notre créneau, nous n'atteindrons pas 500'000 visiteurs. »

Si le site Internet reste l'activité centrale du réseau Nouvelle Europe, celui-ci organise également chaque fin de mois un débat dans une ambassade ou un institut culturel d'un nouvel Etat membre à Paris. Troisième activité : un jeu de simulation du Parlement européen dans une dizaine de lycées chaque année. A cela s'ajoutent deux grands projets. D'abord, l'organisation d'une simulation d'un conseil européen dans les universités avec le soutien de la Sorbonne et Sciences Po, devenu un cours reconnu par Sciences Po, la Sorbonne et l'ESSEC à Paris.

« Nous voulions casser les barrières entre grandes écoles et universités. La simulation dure un mois, nous proposons de la formation technique de négociation aux étudiants, qui sont tous encadrés par des diplomates, des fonctionnaires de la Commission ou des entreprises comme Total ou Gazprom. » En outre, Nouvelle Europe organise un séminaire académique sur les frontières de l'Europe à Kaliningrad, où a été inauguré un centre d'études européennes partenaire. « Peut-être aurons-nous même d'ici quelques années un site en russe ! » Pour l'heure, les contenus sont publiés en français et, au moins une fois par semaine, un article est proposé en anglais. A la rentrée académique 2011, deux versions différentes du site devraient voir le jour, en français et en anglais, avec un contenu distinct. Pour mener à bien ces diverses activités, Nouvelle Europe opère avec un budget de 15'000 euros par an. D'où viennent les contributions financières ?  « Nous menons les simulations avec des associations d'étudiants financées par des ministères et des entreprises. La réalisation d'un film pour Arte sur le système de simulation, intitulé La Vie à 27, a aussi rapporté de l'argent. Nous en sommes à deux tiers de financement public et un tiers de financement privé. » La Commission européenne soutient les débats et les simulations dans les lycées mais pas le site. Le Ministère des Affaires étrangères français contribue à l'organisation du prochain séminaire en Turquie, de même que la Fondation Hippocrène. « Nous faisons tout nous mêmes, y compris le site. Seul l'hébergement coûte quelques centaines d'euros. »

Quant au public, il est -logiquement- issu majoritairement du monde lycéen et académique. « Des lycéens nous contactent souvent, car ils font des travaux sur l'Europe de l'Est et nous demandent notre avis. Notre site fait aussi régulièrement plus de 10% des notes de bas de pages dans certains cours à l'université. » En termes de partenariat, Nouvelle Europe a tenu en 2010 un blog sur la plateforme EurActiv traitant des marges de l'Europe. Par ailleurs, tout le contenu du site est en « Creative Commons », libre de droits de reproduction. « Nous considérons cela comme un service public, étant donné que comme nous sommes prioritairement financés par de l'argent public et presque tous des fonctionnaires. »

Sur la ligne éditoriale, les prises de position sont évitées : « Je n'ai aucune idée des tendances politiques de mes collaborateurs et de leur position vis-à-vis de l'intégration européenne. Nous mettons en perspective ce qui se passe dans ces pays, nous n'avons pas l'ambition de contribuer à une opinion publique européenne. Tout ce processus passera d'ailleurs par l'interconnaissance des sociétés. La première étape, avant la création de la conscience européenne, c'est que les Français aient une vague idée de ce qu'est la Slovaquie. »

12) Presseurop

Le site Presseurop, qui compile le « meilleur de la presse européenne » en dix langues, est né d'un appel d'offre lancé par la Commission européenne en mai 2008. La publication Courrier International, associée à ses partenaires italien, polonais et portugais, a remporté la mise. Le siège de la revue de presse en ligne se trouve donc dans les locaux de l'hebdomadaire français à Paris. Quant aux trois médias associés, ils se chargent de recruter les journalistes qui s'occupent de Presseurop dans leur langue respective, négocient les droits de reproduction pour leur langue ou encore organisent des événements dans leur pays pour faire le marketing de la revue de presse. Le mandat a été attribué pour cinq ans par la Commission européenne, et court ainsi jusqu'en 2013, pour un budget annuel de trois millions d'euros. L'appel d'offre comprenait un cahier des charges qui a été intégré au contrat signé entre le « Groupement économique d'intérêt européen » Presseurop et la Commission européenne. L'objectif consiste à diffuser au niveau européen ce qui s'écrit dans la presse du continent sur l'actualité européenne, dans le but de faire connaître à un public le plus large possible les informations qui font la une dans un ou plusieurs pays

La direction générale Communication a lancé cet appel d'offres dans le cadre d'un projet plus large visant à développer une série de réseaux pour différents types de médias. Si l'on est encore loin d'un réseau de télévisions qui produiraient des émissions d'intérêt européen diffusables sur les chaînes nationales, la Commission européenne a lancé un tel système à la radio via le réseau Euranet, qui vise la mise en commun de programmes de radio. Ce réseau connaît néanmoins un succès tout relatif : la langue constitue un obstacle de taille pour des radios nationales, qui disposent en outre déjà de leurs propres programmes. « En ce qui nous concerne, Presseurop a été relativement simple à mettre en place comme mécanisme, car nous répliquons dix fois le même procédé, explique Gianpaolo Accardo, rédacteur en chef adjoint de Presseurop. En revanche, d'un point de vue technique, nous sommes assez innovants, car il a fallu créer dès le départ un système de saisie des données en dix langues. » Si l'objectif initial consistait à lancer une ou deux nouvelles versions linguistiques chaque année, cela se révèle « impossible à budget constant ».

Vis-à-vis de la Commission européenne, le site doit rendre des comptes chaque trimestre sur le nombre de signes publiés, la communication autour du projet et la tenue du budget annuellement. Le cahier des charges fixé par la Commission impose au site d'aborder des sujets « d'intérêt européen », qu'il s'agisse de politique ou de culture. « Mais nous sommes tout à fait indépendants éditorialement, souligne Gianpaolo Accordo. Nous sommes sensés aborder les sujets proprement institutionnels, sans besoin toutefois de faire un suivi au jour le jour. Nous les traitons seulement si nous estimons qu'une politique communautaire a un intérêt tel qu'il va intéresser un public qui n'est pas à priori composé de spécialistes. » Le profil-type de ce public ressemble logiquement à celui de Courrier International, « entre 29 et 35 ans, ayant déjà vécu dans un autre pays européen, parlant plusieurs langues et lisant Le Monde, Der Spiegel ou The Economist. » Presseurop connaît d'ailleurs un succès plus grand en France, Italie où Pologne, soit les pays où se trouvent des partenaires, qui peuvent diffuser de la publicité pour la revue de presse via leurs titres nationaux. L'Allemagne demeure « un des pays les plus difficiles à conquérir, car ils ont une presse très riche et de qualité, et un marché déjà assez vaste ».

Sur le contenu, Presseurop essaie de maintenir un équilibre entre pays et sujets abordés, entre articles traitant de société ou culture et ceux couvrant l'actualité plus « chaude », pour ne froisser aucune sensibilité. La couverture dépasse d'ailleurs les seuls 27 Etats membres de l'Union européenne. « Nous ne voulons pas traiter que du factuel, mais intégrer aussi un commentaire de l'actualité européenne et du débat, afin que Presseurop ne soit pas uniquement centré sur Bruxelles, explique le responsable. Sinon ce serait trop austère et trop spécialisé, et notre crédibilité se base aussi sur notre indépendance éditoriale. » Par ailleurs la presse européenne généraliste ne « regorge pas de ces articles sur ce qui s'est décidé à Bruxelles ». Le site draine un peu moins de 450'000 visiteurs uniques par mois. « Nous enregistrons une progression constante, avec des pics lors de la crise de l'euro. Les sujets qui marchent le mieux sont les papiers société qui font des comparatifs. » Le record de lectorat sur une journée remonte d'ailleurs au 6 décembre 2010, avec un article signé Umberto Eco qui a attiré 46'975 lecteurs. Presseurop bénéficie des accords passés par Courrier International pour les droits de reproduction. « C'est un système forfaitaire : nous commandons souvent une douzaine d'articles par an, sauf dans les cas où il s'agit d'un contributeur externe à la rédaction partenaire. » Pour le choix des sources, un mot d'ordre : « le plus large possible ! »

L'avenir de Presseurop tient à la reconduite ou non du financement de la Commission européenne au-delà de 2013. « Il y a beaucoup de critères en jeu : que veulent la commissaire, le président de la Commission et les parlementaires ? » Le budget de l'UE pourrait être gelé, condamnant notamment les petits investissements comme Presseurop. « La satisfaction des eurodéputés dépendra pour beaucoup de leur connaissance du site, explique Gianpaolo Accardo. Nous allons commencer à apprendre à faire du lobbying pour que ce soit le cas ! »

13) Toute l'Europe

Le site Toute l'Europe, soutenu par le Ministère des affaires étrangères français, remplit une mission de service public : informer le grand public hexagonal sur les grands dossiers communautaires. « En termes de médias implantés en France dans cette niche de l'information européenne, nous sommes numéro un, avec 350'000 visiteurs uniques par mois », explique Emilie Louis, rédactrice en chef. Au départ, c'est un centre d'information qui est créé en 1992, à l'occasion du traité de Maastricht, par la Commission européenne et le Ministère des affaires étrangères. Il s'agissait alors d'un centre de documentation et d'archives papier ouvert au grand public, situé sous le grand arche de la Défense. Par la suite, un site intitulé Sources d'Europe est mis en ligne pour donner des informations pratiques sur le centre. Mais c'est en 2005, suite à un autre « grand rendez-vous européen », le référendum sur le traité constitutionnel, que le centre se développe réellement sur la Toile, prenant le nom de Toute l'Europe. « Les décideurs politiques ont remarqué que les partisans du non avaient monopolisé Internet et eu une grande influence par ce moyen-là. »

La base de travail de Toute l'Europe consiste à « expliciter des informations très complexes »  sur le fonctionnement de l'Union européenne et son utilité. Il mène donc une grande activité pédagogique, à côté des actualités. « La mission du site était d'abord d'informer et de faire vivre le débat européen. Ensuite, les actualités sont venues se greffer là-dessus. Nous ne sommes pas un média classique, au sens où nous ne réagissons pas comme l'AFP et Le Monde, mais essayons toujours de mettre en perspective une actualité avec des dossiers de fond. » Par exemple sur une thématique comme la fiscalité des entreprises en Europe, Toute l'Europe tentera d'expliquer ce qu'est l'impôt sur les sociétés et ce que l'harmonisation impliquerait. « C'est de la vulgarisation sans parti pris, mais ce n'est pas non plus de la communication du ministère, insiste Emilie Louis. Nous ne sommes pas un site .gouv »

S'il peut exister une vision critique dans ce « média très neutre », celle-ci point plutôt par la confrontation de points de vue. « Nous n'avons pas une ligne qui va critiquer ou mettre en valeur l'action du gouvernement, mais nous publions des voix divergentes, des avis de l'opposition. Nous ne nous permettrions pas de dire dans un article estampillé de la rédaction que nous ne sommes pas d'accord avec une décision du gouvernement, mais nous publierons les critiques de l'opposition. Nous avons besoin de crédibilité et ne recevons pas de coups de fil du ministère pour nous recadrer. » Si la Commission finançait aux débuts du site la moitié de son budget avec le Ministère des affaires étrangères, elle s'est retirée en 2007 et a été remplacée par des acteurs privés, comme la SNCF, EDF ou le magazine L'Etudiant. « Nous présentons notre programme d'activités prévisionnelles devant nos financiers, mais ils ne prennent pas le planning en disant : « ça oui, ça non ». Nous ne faisons pas de propagande. » Le budget de Toute l'Europe a subi une baisse significative suite à la crise économique et s'établit aujourd'hui à 600'000 euros, dont 60% par financement du Ministère des affaires étrangères.

Le site emploie huit personnes, qui sont « plus des spécialistes de l'Europe que des journalistes de formation ». La responsable dit avoir « toujours du mal à se présenter comme journaliste », ne détenant pas la carte de presse : « Je préfère l'intitulé rédacteur multimédia, nous sommes polyvalents et réalisons beaucoup de dossiers de fond pédagogiques qui nous démarquent du champ journalistique, nous ne signons pas nos articles et ne les personnalisons pas. Nous essayons d'être dans une neutralité assez factuelle, et ne rédigeons pas d'éditorial. Notre ligne éditoriale doit être la plus équilibrée possible, et les journalistes nous considèrent comme des « gentils », car nous ne faisons pas de journalisme poil à gratter. » Le site ne compte pas de correspondant à Bruxelles : « On pourrait le regretter, mais d'un autre côté si nous entrions dans la petite cuisine bruxelloise, ce serait peut-être plus dur de vulgariser sur les grands thèmes européens. »

Toute l'Europe est donc un site plus descriptif qu'analytique, qui vise à « intéresser le citoyen aux enjeux européens, à lui donner les clés de compréhension et à l'amener à débattre et à voter. » Pour cela, le site procède notamment à des comparatifs européens, par exemple entre systèmes de retraite ou de taxation. Selon une enquête de lectorat, l'audience la plus assidue provient des étudiants, qui utilisent le site pour « les révisions en droit, sciences politiques et même au lycée. » Le reste du lectorat est principalement composé de cadres au bénéfice d'une formation supérieure, notamment dans les ministères, qui en ont besoin pour leurs recherches documentaires. « Lors des élections, nous avons un public plus varié, car nous offrons des renseignements pratiques sur les circonscriptions. La plupart des gens qui viennent nous voir nous trouvent via des moteurs de recherche. »

Le site a également lancé la plateforme de microblogging « Tweet My MEP » dans l'optique d'utiliser les réseaux sociaux pour créer un débat européen. Le concept permet aux citoyens d'utiliser Twitter pour interroger leurs députés européens, qui se sont engagés à leur répondre. La plateforme est multilingue pour permettre à tous les eurodéputés d'intégrer le projet. L'initiative bénéficie d'un financement indépendant du reste de Toute l'Europe, de la part de la Fondation du Roi Baudoin en Belgique et de la Fondation Hippocrène en France.

En matière de langues, si la majorité des articles restent en français sur Toute l'Europe, quelques contenus sont publiés en allemand et en anglais, par exemple le programme de la semaine à venir. « Nous ne pouvons pas tout traduire, car nous avons énormément de contenus. Mais nous avons un réseau européen de listes de diffusion et nous nous sommes rendus compte que d'autres pays européens avaient lancé des sites similaires, en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni et en Bulgarie, mais pas en Allemagne. »

Sur le marché des sites traitant des questions européennes, Emilie Louis estime que « tous les acteurs en présence jouent sur des logiques un peu différentes et ne sont pas directement concurrents. L'ambition de Toute l'Europe reste d'atteindre un public très large : pour cela, il faut être le plus accessible et le plus clair possible, en mettant par exemple en ligne des vidéos, des quizz ou en utilisant les réseaux sociaux. » Le site procède aussi à des échanges de contenus, notamment avec des think tanks comme Sport et Citoyenneté ou en tournant des vidéos avec EDF sur la biodiversité en Europe : « L'intérêt pour EDF était que nous leur fournissions notre expertise et notre carnet d'adresses. Ils vont s'afficher sur cette thématique sans influencer le contenu, car c'est bon pour leur image. »

Une des missions principales du site est l'émergence d'une sphère publique européenne en France. « Le travail est encore devant ! C'est très difficile, car il y a un intérêt très ponctuel des Français, souvent pour critiquer Bruxelles, alors qu'on ne se rend pas compte à quel point l'UE influence notre vie quotidienne. Nous sommes tous des Européens convaincus, mais nous n'avons pas de logique militante. » Et si un gouvernement plus eurosceptique arrivait au pouvoir en France ? « Cela nous poserait un problème de fond. Ce n'est pas sûr qu'ils voudraient continuer à financer un site sur l'Europe, peut-être qu'ils récupéreraient seulement l'outil. »

 

14) Les sites de l'Union européenne

Sans surprise, le site de la Commission européenne est le portail étudié dans ce travail qui draine le plus de visiteurs : environ un million de visiteurs par mois, un chiffre stable depuis plusieurs années. « Nous avons nos habitués, explique Monica Solombrino, cheffe de secteur et responsable du site à Bruxelles. Nous sommes bien référencés, car beaucoup de sites Internet renvoient à nos pages, vu que qu'il s'agit d'un contenu officiel. » Selon une étude de lectorat datant de la fin 2009, réalisée avant une refonte de son interface, le site de la Commission attirait 36% de son audience du monde académique et scolaire (enseignants et étudiants), 24% du monde des affaires et des organisations à but non lucratif, 22% du grand public et 17% de l'administration publique. « Ces chiffres sont très semblables aux proportions que l'on trouve sur le portail Europa », poursuit la fonctionnaire.

Sans surprise non plus, les sites produits par l'Union européenne sont les plus complexes à étudier, reflétant l'enchevêtrement institutionnel des organes communautaires. Nous en distinguerons plusieurs : le portail général de l'Union européennes, intitulé Europa, lancé en 1995 et qui fournit des informations pratiques au citoyens sur leurs droits et sur le fonctionnement des différentes institutions communautaires ; les sites des institutions proprement dites, de la Commission, du Parlement et du Conseil ; les sites des directions générales et ceux des Commissaires européens et du président de la Commission, dont certains ont également leur propre blog. A cela, il faut encore ajouter deux sites destinés plus spécifiquement aux journalistes et à ceux qui cherchent des informations professionnelles et communiqués de presse des institutions communautaires : Press Room et Rapid.

« Les sites Europa, de la Commission et des autres institutions sont destinés en priorité aux citoyens, alors que les sites des directions générales présentent déjà un contenu plus expert », souligne Monica Solombrino. Sur les sites généralistes, les informations semblent claires, mais restent «à sens unique», avec peu de place au débat. «Il y a quelque temps, nous avons lancé un projet en ligne intitulé « Debate Europe », qui comprenait un forum sur lequel les citoyens pouvaient échanger leurs opinions. Malheureusement, le site n'a pas rencontré le succès escompté, et nous y retrouvions toujours les mêmes opinions venant des mêmes utilisateurs.» Les institutions ont désormais plutôt orienté leur développement web vers les réseaux sociaux, sur Facebook, Twitter et YouTube, plateforme sur laquelle l'Union européenne anime sa propre chaîne de vidéos depuis 2007.

Ce chapitre consacré aux sites de l'Union européenne se concentrera sur deux écueils majeurs rencontrés sur l'Internet communautaire. D'abord, les doublons possibles en termes de contenu, qui entraînent de la confusion auprès des utilisateurs, comme nous le verrons dans le cas de Press Room et Rapid. Ensuite, le peu de place accordé au débat et aux opinions contradictoires, comme nous le verrons en étudiant de plus près les sites des Commissaires européens et du président de la Commission.

Le site Press Room de l'Union européenne, disponible en trois langues (français, allemand, anglais) et qui engrange quelque 60'000 visiteurs uniques par mois, agit comme la « salle de presse » de l'institution, où l'on pourra trouver des communiqués de presse sur les actualités communautaires, et des sélections thématiques de « top news ». Le site Rapid publie quant à lui les communiqués de presse bruts, agissant comme une base de données interactive. « Les sites Rapid et PressRoom sont interinstitutionnels, explique Monica Solombrino. Nous ne pouvons donc pas privilégier la Commission par rapport au Parlement, même si la Commission a tendance à publier beaucoup plus de matériel. » A l'évidence, le Parlement donne plus d'informations lors de ses séances plénières, et ne publie du reste pas ses informations sur la base de données Rapid.

Le mode de fonctionnement est plus réactif que proactif sur Press Room : les responsables du site observent ce que publient les grandes agences de presse comme l'AFP, afin de mettre en ligne et en évidence le plus rapidement les communiqués susceptibles d'intéresser le plus les journalistes en quête d'information quotidienne. Mais selon une enquête de lectorat, seulement 25% des utilisateurs du site sont des journalistes. Le reste est issu à 21% des cercles gouvernementaux et à 20% du monde des affaires et des organisations à but non lucratif. Les chercheurs auront quant à eux plutôt tendance à consulter la base de données Rapid,

« Les gens ne font pas bien la différence entre les deux sites », admet la responsable informatique. La confusion entre deux plateformes dont le contenu se recoupe inévitablement illustre un des problèmes auxquels font face les webmestres d'une institution au sein de laquelle beaucoup d'informations circulent, souvent à doublon. Pour éviter cette confusion, les services informatiques de l'Union européenne envisagent la fusion des contenus au sein d'une seule plateforme d'actualités, qui garderait le nom de Press Room. Si l'échéance initiale était prévue en juin, la refonte devrait plutôt être effective pour le mois de septembre, en raison des contraintes logistiques imposées par la nécessité de formater une même configuration pour toutes les pages du site.

Concernant les sites des commissaires et du président de la Commission, la plupart de leurs faiblesses sont détectables en regardant simplement leur configuration. Comme souligné précédemment, l'écueil majeur est le manque de débat et d'interactivité sur ces sites. L'un des problèmes de l'Union européenne - sa richesse aussi -  est qu'elle ne traite plus seulement de questions techniques, mais aussi d'environnement, d'immigration, de politique énergétique, soit des thématiques qui devraient entraîner des débats de nature plus politique. Mais l'UE a du mal à assumer ce rôle politique, et cela se reflète sur les sites des commissaires.

Marc Taquet-Graziani est arrivé au poste de responsable du site Internet de José Manuel Barroso, président de la Commission, et de Viviane Reding, Commissaire à la Justice, en mai 2010. Une de ses premières mesures a consisté à analyser les statistiques de ces sites. Premier constat : le visiteur suit le rythme de travail de la Commission, ce qui donne «très peu de trafic le weekend, et un pic de fréquentation le mercredi, jour de réunion du collège».

En mars 2010, le site du président connaissait un trafic de 50'000 visiteurs uniques et 140'000 pages vues par mois. Depuis lors, il a vu une réduction presque ininterrompue de sa fréquentation, atteignant en avril 2011 quelque 40'000 pages vues par mois. « Il peut y avoir jusqu'à 3000 visites par jour, mais le taux plonge en dessous de 500 le weekend », constate le responsable. Le ratio est aussi de plus en plus faible entre les pages vues et les visites, c'est-à-dire que les gens ne consultent quittent le site plus rapidement.

A cela, plusieurs explications possibles. D'abord, les informations principales sont désormais disponibles directement sur la page de garde du site : le visiteur est  donc moins enclin à consulter d'autres pages. Par ailleurs, 2009 était une « année particulière » : préparation de la nouvelle Commission, de l'agenda présidentiel Europe 2020, référendums sur le Traité de Lisbonne. «Il y avait une actualité institutionnelle européenne, le président a dû faire campagne devant le Parlement, il a dû développer rapidement sa vision politique.»

Cependant, la problématique de fond semble plutôt être celle de l'ouverture au débat et à des sujets plus politiques, car l'accord de l'opinion publique ne peut plus être automatiquement supposé sur toutes les politiques communautaires. Le site de Viviane Reding, qui draine 20'000 à 30'000 visiteurs uniques par mois, illustre que la fréquentation monte en sortant du consensus : portefeuille et initiatives claires en matière de justice et citoyenneté, sujets concrets à traiter, communication rythmée par les initiatives dans son portefeuille. Peut-être pas un hasard, lorsqu'on sait que la Commissaire est elle-même une ex-journaliste...

Le summum a certainement été atteint lorsque la Commissaire luxembourgeoise a exprimé son désaccord avec la politique française à l'égard des Roms, à l'été 2010, qui a engendré une confrontation frontale entre Viviane Reding et Nicolas Sarkozy : « Ce jour-là, nous avions déjà une « headline » sur les Roms et nous inaugurions son compte Twitter. La fréquentation était telle qu'elle est difficile à représenter sur le même graphique ! » Pour le responsable, pas de doute : la conclusion est que la visibilité est ascendante dès que l'on ose franchir le pas de la controverse politique : « Ce n'est pas juste un pic, mais une courbe de fréquentation : il y a eu un intérêt pendant plusieurs jours, même si à terme le site a retrouvé son niveau standard. »

Les sites de la Commissaire européenne et du Président emploient un administrateur, un intégrateur, un éditeur, et un système de veille et sauvegarde assuré par une société de sous-traitance, pour un budget annuel de 250'000 euros par an. Les responsables de ces sites reprennent les informations fournies par des communiqués de presse et les éditent en textes web que les porte-parole respectifs doivent valider par son porte-parole : «L'information est véritablement développée au moment où le porte-parole réalisent le communiqué de presse.»

Une enquête en ligne a révélé le  profil d'un public plutôt jeune, comprenant peu de journalistes (5%), mais dont la majorité est issue du monde académique, chercheurs et étudiants. La part du trafic interne aux institutions est de 12%, celle des lobbyistes de 20%. Viviane Reding attire un public nombreux auprès des ONG, et 15% à 20% de ses visiteurs ont moins de 25 ans.

« Le problème est que plus on met l'information à jour, moins elle est vue : par exemple, si nous mettons en ligne une actualité le vendredi soir et que nous l'enlevons le lundi, celle-ci a peu de chance d'être très consultée. » L'administrateur plaide pour des sujets de unes plus  constants et plus stables, classés par thèmes et adaptés au rythme de trafic hebdomadaire.

Le fait que le président de la Commission reçoive un prix ou rencontre des personnalités - des thèmes souvent mis en une sur son site - ne sera pas forcément susceptible d'attirer un large public. La plus grosse faiblesse du site semble à vrai dire provenir du fait que le président ne s'exprime pas sur les dossiers des autres Commissaires, mais tient à être présenté comme un chef d'Etat, qui présente ses condoléances et ses gratifications, au détriment du débat et de l'interactivité. On murmure même dans les couloirs bruxellois que les vidéos de José Manuel Barroso sont systématiquement éditées de façon à en soustraire la présence d'Herman Von Rompuy.

En tenant compte du nombre élevé d'intervenants, des lourdeurs du plurilinguisme et des luttes d'ego et de pré carré, les sites de l'Union européenne semblent voués au compromis minimal, évitant à tout prix les dissensions. Le contraste est d'autant plus saisissant entre le débat qui peut exister sur les médias en ligne à propos de la construction européenne et son inexistence sur les sites institutionnels. Pour un certain nombre d'observateurs, la stratégie communautaire consiste aujourd'hui à noyer la controverse dans une information neutre et générale. Tant que cela ne changera pas, il serait étonnant que la fréquentation des journalistes prenne son envol. Ce ne sont pourtant pas les sujets à controverse qui manquent, aujourd'hui, dans le processus d'intégration continentale.


C. Notes conclusives : de la difficulté de surmonter le « seuil des 300'000 »

Comme nous avons pu le constater en parcourant l'abécédaire des sites Internet dédiés à l'information européenne, ceux-ci évoluent tous dans la même « ligue », gravitent tous autour du même « petit monde ». Au demeurant, tous se connaissent, et beaucoup de journalistes transitent d'un média à l'autre. C'est le cas de Jean-Sébastien Lefevbre, un journaliste français qui s'est spécialisé dans les affaires européennes, au Collège d'Europe de Natolin, dans les environs de Varsovie en Pologne. Le jeune homme de 26 ans a contribué à Café Babel et officié comme journaliste indépendant depuis Bruxelles pour couvrir l'actualité communautaire et belge pour des médias Internet tel le magazine en ligne Slate. Il travaille aujourd'hui pour le site EurActiv.fr à Paris, et son expérience lui a donné un regard acéré sur cette petite sphère, dont nous allons tirer profit pour élaborer quelques notes conclusives. Celles-ci porteront sur trois sphères d'analyse conséquentes à l'abécédaire ayant présenté quatorze médias européens en ligne : quel est leur modèle de journalisme ? quel est leur modèle économique ? quel public touchent-il ?

 

1) Le modèle de journalisme : le « pro-am » a le vent en poupe

Comme nous avons pu le voir dans ce travail, la plupart des interlocuteurs considèrent leur site Internet comme un média traitant d'informations européennes. Sont-ils pour autant des journalistes ? Pas forcément, car une partie d'entre eux ne pratique pas le journalisme de façon professionnelle et ne possède pas de carte de presse. Comme le site Toute l'Europe, ils préféreront le terme de « rédacteurs multimédia », car les rédacteurs sont des spécialistes avant d'être des journalistes. Quant à Café Babel, ils misent sur un système hybride : le « pro-am », mélange de professionnel et d'amateur. Une petite équipe, salariée, centralise les articles réalisés par une majorité de contributeurs bénévoles. Dans le domaine de l'intégration européenne, sujet à de vives discussions sur les formes qu'elle doit prendre, les médias étudiés veulent tous développer cet aspect participatif, de « forum » pour la prise en compte des opinions du lectorat. EurActiv veut développer ses blogs, par exemple, sans pour autant verser dans le militantisme.

Pour Jean-Sébastien Lefevbre, l'enjeu actuel, concernant ces médias, « n'est pas de vendre l'Europe dans une démarche militante, mais de vendre ce qui se passe à Bruxelles, car c'est un échelon du pouvoir politique qui a besoin de journalistes pour vérifier ce qui se passe. » Lors des entretiens réalisés pour cette recherche, un des premiers réflexes des journalistes rencontrés consistait à se démarquer du militant qui pouvait sommeiller en eux. Comme pour conjurer l'équation, présente dans nombre d'esprits, que médias européens sont assimilables à des médias proeuropéens, et maintenir leur crédibilité et leur marge d'indépendance. Mais il est difficile de lutter contre ces idées reçues, par exemple lorsque le polémiste français Eric Zemmour traite Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles fameux pour son blog « Les Coulisses de Bruxelles », de « cardinal » de l'influence communautaire, alors que le journaliste se trouvait sur liste noire de la Commission.

Comme l'aime à dire le même Jean Quatremer, « si on ne politise pas, on n'intéresse pas », rappelle Jean-Sébastien Lefevbre. Pour combattre la doxa que les journalistes européens deviennent des eurocrates, « il faut sortir des affaires, montrer qu'on a une vision critique, sortir du consensus bruxellois ». Sur un sujet aussi consensuel que l'Europe, où socialistes et conservateurs peuvent être fréquemment sur la même longueur d'ondes, l'enjeu consiste à donner du relief à l'information, « par exemple à montrer que le consensus va parfois trop loin, comme lorsque les socialistes avaient refusé de voter une motion contre le régime tunisien. »

Ainsi que l'illustre le cas des journalistes du Sunday Times qui ont piégé des eurodéputés corrompus en se faisant passer pour des lobbyistes, les projecteurs du monde entier braquent leur halo sur les arcanes bruxelloises dès lors que des reporters osent engager des méthodes plus musclées - certes contestables. L'investigation est à n'en pas douter le parent pauvre du journalisme européen. Difficile peut-être de prendre du recul lorsque l'on est plongé dans la fréquentation quotidienne des institutions communautaires. Manque de moyens probablement aussi, alors que le nombre de journalistes accrédités à Bruxelles a baissé d'un tiers en cinq ans.

Améliorer leur aspect participatif, investir dans l'enquête, sortir du consensus bruxellois : les trois défis auxquels sont confrontés les médias européens en ligne d'un point de vue journalistique leur permettront peut-être de sortir de leur « petit monde » pour gagner un plus large public et pérenniser ainsi leur modèle économique.

 

2) Le modèle économique : les tares de la subvention

Bien qu'évoluant sur un « marché commun » de l'information européenne, chacun des médias présentés dans cette recherche s'est approprié son propre modèle économique, en développant une particularité qui le démarque de son voisin et en essayant de trouver sa « niche ». Chacun possède ainsi ses caractéristiques, qui sont aussi ses limites. L'aspect participatif et bénévole de Café Babel, par exemple, lui ôte la possibilité de pouvoir faire payer ses informations. L'aspect spécialisé d'EurActiv lui permet de dégager des bénéfices, mais lui pose des difficultés pour dépasser le cercle des initiés aux affaires européennes. L'aspect multilingue de Presseurop constitue une richesse au sens où il couvre véritablement des sensibilités nationales différentes, mais lui pose une contrainte technique chronophage qui l'empêche d'être aux avant-postes sur l'actualité « chaude ». Les subventions touchées par Toute l'Europe le contraignent au pédagogique : ils ne peuvent prendre position, et doivent manipuler toute information avec des pincettes.

Comme nous l'avons vu, en ce qui concerne leur modèle économique, une grande partie des sites Internet dépendent largement ou intégralement de subsides communautaires ou étatiques. Les Euros du Villages tentent certes de fonctionner avec les moyens du bord, en vendant leur services à des entreprises, mais leur budget demeure très modeste au vu des autres médias en ligne. EUobserver refuse pareillement les subventions, mais ses journalistes doivent loger en auberge de jeunesse pour couvrir les grands sommets européens. Car à côté des subventions, les alternatives sont rares en termes de financement : les publicités sur Internet génèrent encore très peu de revenus, et la traduction est chère et lourde logistiquement pour les sites ayant opté pour un véritable multilinguisme.

Seul EurActiv semble avoir pu dégager une certaine marge bénéficiaire, en nouant des contacts très étroits avec des sponsors privés, qui lui valent du reste une réputation de « média sous influence ». Dès lors, la question peut se poser de la manière suivante : est-il plus sain pour un média d'accepter des fonds provenant du domaine public ou du domaine privé ? Comme le fait remarquer très justement Lorenzo Morselli de European Voice, la réponse dépendra certainement de l'origine culturelle du média interrogé : « Les Britanniques considèrent que le secteur privé est moins dangereux, alors qu'en France on ne verrait pas les choses de la même manière. »

Du fait des subventions, les médias européens peuvent faire l'objet d'accusations de connivences avec leurs financeurs. Mais Jean-Sébastien Lefevbre tient à modérer les soupçons, soulignant qu'en France aussi, la presse est « sous perfusion de l'Etat ». Les problématiques de financement et d'indépendance éditoriale demeurent assez similaires à celles qui prévalent dans les médias nationaux. « On a tendance à coller aux journalistes européens des torts qui existent aussi dans les pays membres, estime le jeune reporter. Mais à Bruxelles, on se fait plus vite traiter d'eurocrate. »

3) Un public en voie d'européanisation ?

Pour un certain nombre d'observateurs, les médias européens en ligne ont commis l'erreur de « sauter une étape », en supposant trop tôt l'existence d'une sphère publique européenne. Celle-ci existe, à n'en pas douter, au sein des cercles qui traitent au quotidien d'affaires européennes : fonctionnaires, milieux des affaires, journalistes, lobbyistes, militants. Tous présentent un profil similaire : études supérieures, grande mobilité, hautes responsabilités professionnelles. Mais même sur ces lecteurs, l'impact des médias européens en ligne reste limité : si tous les parlementaires connaissent EurActiv ou European Voice, nous avons vu qu'ils ne sont pas forcément familiers avec Presseurop, pourtant intégralement financé par des subsides communautaires ! Comme l'indique ce travail, les médias européens ne pourront dépasser le « seuil des 300'000 visiteurs uniques » tant que n'aura pas été menée une véritable européanisation des champs publics nationaux. L'émergence d'une hypothétique « conscience européenne » passera par des sites nationaux qui s'européaniseront par la suite - et non l'inverse.

En termes générationnels, Café Babel ou Les Euros du Village parviennent déjà à capter l'intérêt d'une partie de la jeunesse européenne. Mais l'enjeu demeure, comme le souligne Jean-Sébastien Lefevbre, de capter l'attention des « parents de l'eurogénération ». C'est la mission  à laquelle s'attelle désormais le site myeurop, qui mise sur les eurocomparatifs pour dépasser le prisme national. Une mission salutaire de vérification démocratique, qui implique le défi de la vulgarisation : par exemple, ne pas parler de la « procédure de codécision », mais dire « en attendant l'accord du Parlement européen ». Une mission difficile : même des journalistes peuvent encore confondre Conseil européen et Conseil de l'Europe !

Si certains des médias européens en ligne ont réussi à trouver leur équilibre sur un marché de niche, ils ambitionnant aussi de conquérir un public plus large. Or, leur monde médiatique est imperméable. Ces médias ont très peu de visibilité dans le champ médiatique national : ils ne sont que très peu repris dans les médias des Etats-membres. « Pour réussir il faut d'abord s'incruster dans le paysage national, faire du franco-européen, du germano-européen, du polono-européen, avant de s'étendre », estime Jean-Sébastien Lefevbre. En outre, passer directement à l'échelon européen implique une contrainte logistique et budgétaire importante en raison du multilinguisme nécessaire pour dépasser les seules sphères anglophones.

Une remarque importante sous-tend néanmoins les constats présentés ici : s'il a un rôle important à jouer dans le débat complexe sur l'« espace public européen », le journaliste ne peut pas faire le travail du politique. Il aura beau se démener, il ne pourra à lui seul construire des discours européens qui n'existent pas ! Les journalistes travaillent à couvrir cet échelon politique, de la même manière qu'ils couvrent l'actualité locale et nationale. Ils reflètent plus qu'ils ne construisent, au service d'un réel enjeu citoyen concernant des mesures qui affecteront la destinée du continent tout entier.

Car avec l'émergence de médias en ligne européens, c'est ici également la question d'un « quatrième pouvoir » pouvant faire le poids avec les institutions communautaires qui se pose : la voix de citoyens européens qui s'estiment lésés, personnellement ou moralement, face aux directives de la Commission, aux avis de la Cour  et aux lois du Parlement de Strasbourg. La question ne s'en fait que plus pressante : comment intéresser le grand public, celui qui, à la base, n'a pas d'intérêt particulier, professionnel ou idéal, pour l'Union européenne ? Plus qu'une mission « militante », il s'agit là d'une mission « démocratique ». La réussite ou non du projet myeurop, le seul à l'heure actuelle qui souhaite faire de l'information « grand public » via un prisme européen, pourra apporter des éléments de réponse à cette question délicate.

 

4) « On développe pour le futur »

Sur Internet, la période actuelle semble être une période de test, tant du point de vue économique qu'éditorial, pour les médias dédiés aux questions européennes. Ceux-ci naviguent entre journalisme participatif et professionnel, subventions et recettes privées. Certains, comme Café Babel ou EurActiv peuvent être considérés comme un succès, après une décennie d'existence, un temps long sur la Toile. Beaucoup ont trouvé un modèle d'existence plus ou moins pérenne et développé un grand réseau sur tout le continent, un fait à saluer tant il semble difficile aujourd'hui de trouver un peu de stabilité sur Internet. Ils pourraient se contenter de cette situation. Mais beaucoup ambitionnent en vérité de dépasser les cercles europhiles et professionnels. Jean-Sébastien Lefevbre en est persuadé : « Au moins un de ces médias parviendra à durer et à percer. » Lequel ? Il serait hasardeux de lancer des paris. Un élément est cependant certain : The Economist, le Financial Times ou Le Monde conserveront des audiences en ligne plus larges que ces médias de niche. C'est en nouant des partenariats avec les grands titres nationaux et internationaux que les « pure players » européens pourraient gagner une plus grande force de frappe, en mettant en avant leur spécialisation et leur connaissance des dossiers communautaires. Les sites étudiés dans ce travail devraient peut-être commencer leur chemin de Damas auprès de leurs confrères, en militant pour que les informations européennes soient mieux considérées par le corps de presse généraliste. L'enjeu en vaut la peine, car l'avenir du projet d'intégration européenne dépendra considérablement de sa communication auprès des 500 millions d'« euronautes ».

D. Références et remerciements

 

Sites Internet dédiés aux questions européennes et mentionnés dans ce travail :

§       Café Babel : http://www.cafebabel.fr/

 

§       EUobserver : http://euobserver.com/

 

§       EurActiv.com : http://www.euractiv.com/fr

 

§       EurActiv.fr : http://www.euractiv.fr/

 

§       European Voice : http://www.europeanvoice.com/

 

§       Euros du Village : http://www.eurosduvillage.eu/spip.php?lang=fr

 

§       Eurotopics : http://www.eurotopics.net/fr/home/presseschau/aktuell.html

 

§       Eurozine : http://www.eurozine.com/

 

§       Le Taurillon : http://www.taurillon.org/

 

§       myeurop : http://fr.myeurop.info/

 

§       Nouvelle Europe : http://www.nouvelle-europe.eu/

 

§       Presseurop : http://www.presseurop.eu/fr

 

§       Toute l'Europe : http://www.touteleurope.eu/

 

§       Le site Europa de l'Union européenne : http://europa.eu/index_fr.htm

 

§       Le site de la Commission européenne : http://ec.europa.eu/index_fr.htm

 

§       Le site du président de la Commission José Manuel Barroso : http://ec.europa.eu/commission_2010-2014/president/index_fr.htm

 

§       Le site de la Commissaire à la Justice Viviane Reding : http://ec.europa.eu/commission_2010-2014/reding/index_fr.htm

 

§       Les Coulisses de Bruxelles, le blog de Jean Quatremer : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/

 

§       Les Dessous de Bruxelles, site critique de l'Union européenne : http://ellynn.fr/dessousdebruxelles/

 

Ressources en ligne :

 

§       Entretien avec la politologue allemande Anja Herzog sur l'espace public européen

http://www.eurotopics.net/fr/home/presseschau/archiv/magazin/kultur-verteilerseite-neu/europaeische-oeffentlichkeit/interview-herzog/

 

§       The Cultural Television Channel Arte and the (Non-)existence of a Cross-border Franco-German Public Sphere, Nora Berning

http://wjfms.ncl.ac.uk/BERNINGF.pdf

 

§       Becoming Pan-European? Transnational Media and the European Public Sphere, Michael Brüggemann & Hagen Schulz-Forberg

http://gaz.sagepub.com/content/71/8/693.abstract

 

§       Cafebabel.com Breaks Down European Borders with Grassroots Media, Mark Glaser, Mediashift, 2006

http://www.pbs.org/mediashift/2006/10/cafebabelcom-breaks-down-european-borders-with-grassroots-media284.html

 

§       Communicating Europe through audiovisual media, Commission européenne, 2008

http://ec.europa.eu/dgs/communication/pdf/comm_audiovisual_media_en.pdf

 

§       Communiquer sur l'Europe par l'internet, Commission européenne, 2007

http://ec.europa.eu/dgs/communication/pdf/internet-strategy_fr.pdf

§       Le Plan D comme Démocratie, Dialogue et Débat, Commission européenne, 2005

http://europa.eu/legislation_summaries/institutional_affairs/decisionmaking_process/a30000_fr.htm

 

§       Energizing the European public space, Carl Henrik Fredriksson, Eurozine, 2004

http://www.eurozine.com/articles/2004-05-13-fredriksson-en.html

 

§       Communication in Crisis: Europe and the Media, EMEDIATE Report, 2009

ftp://ftp.cordis.europa.eu/pub/fp7/ssh/docs/emediate-bursi_en.pdf

 

§       The Europeanization of Media Discourse: A Study of Quality Press Coverage of Economic Policy Co-ordination since Amsterdam, Christoph O. Meyer, Birkbeck College, University of London, 2005

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.0021-9886.2005.00549.x/abstract

 

§       An Overview of Research on the European Public Sphere, Christoph Bärenreuter, Cornelia Brüll, Monika Mokre, Karin Wahl-Jorgensen, Eurosphere, 2009

http://eurospheres.org/files/2010/08/Eurosphere_Working_Paper_3_Barenreuter_etal.pdf

 

§       How the EU contructs the European public sphere, Michael Brüggemann, TranState Working Papers, 2005

http://econstor.eu/bitstream/10419/28269/1/497822334.PDF

 

§       Projet de rapport sur le journalisme et les nouveaux médias - créer une sphère publique en Europe, Parlement européen, 2010

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+COMPARL+PE-439.380+01+DOC+PDF+V0//FR&language=FR

 

§       The European void: the democratic deficit as a cultural deficiency, Abram de Swaan, University Amsterdam, 2007

http://www.sv.uio.no/arena/english/research/projects/cidel/old/WorkshopStirling/paperDeSwaan(2).pdf

 

§       The role of media in European identity formation: understanding the complexity of today's European media landscape, Natasa Simeunovic, 2009

http://www.thefreelibrary.com/The+role+of+media+in+European+identity+formation%3A+understanding+the...-a0220135949

 

§       From cultural defence to political culture: media, politics and collective identity in the European Union, Philip Schlesinger, University of Stirling, 1997

http://mcs.sagepub.com/content/19/3/369

 

Mes plus vifs remerciements à :

 

Gianpaolo Accardo et toute l'équipe de Presseurop, Paris

 

Fabien Cazenave, ancien rédacteur en chef du Taurillon, Paris

 

Mathieu Collet, fondateur des Euros du Village, Paris

 

Clémentine Forissier, rédactrice en chef d'EurActiv.fr, Paris

 

Carl Henrik Fredriksson, rédacteur en chef d'Eurozine, Vienne

 

Alexandre Heully, Katharina Kloss et Emmanuel Haddad, responsables éditoriaux de Café Babel, Paris

 

Jean-Sébastien Lefevbre, journaliste à EurActiv.fr, Paris

 

Emilie Louis, responsable éditoriale de Toute l'Europe, Paris

 

Christian Mihr, rédacteur en chef d'Eurotopics, Berlin

 

Arnaud Midez, Bruxelles

 

Lorenzo Morselli, responsable événementiel chez European Voice, Bruxelles

 

Philippe Perchoc, fondateur de Nouvelle Europe, Paris

 

Leigh Philip, journaliste à EUobserver, Paris

 

Jacques Pilet, professeur à l'Académie du Journalisme et des Médias, membre de la direction de Ringier, Lausanne

 

Marco Riciputi, rédacteur à Café Babel, Italie

 

Monica Solombrino, cheffe de secteur à la Direction Générale de la Communication, Commission européenne, Bruxelles

 

Marc Taquet-Graziani, chef de secteur à la Direction Générale de la Communication, Commission européenne, Bruxelles

 

Daniel Vigneron et Renaud de Chazournes, fondateurs de myeurop, Paris

 

Richard Werly, correspondant du quotidien Le Temps, Bruxelles

 

Mathilde Woringer, responsable de la version allemande d'EurActiv.com, Bruxelles

 

 

 

Par Serge Maillard, étudiant à l'Académie du Journalisme et des Médias, Université de Neuchâtel

 

 

 

 

 

 



http://www.touteleurope.eu/fr/actions/construction-europeenne/information-et-communication-sur-l-europe/presentation/la-carte-de-la-toile-europeenne.html

Sur l'histoire de The European : http://www.magforum.com/european.htm

Dont quelques unes sont - virulemment - exposées sur : http://maljournalisme.chez-alice.fr/monde_europeen.htm

Rencontre avec Alexandre Heully, Katharina Kloss et Emmanuel Haddad à Paris (9 mars 2011)

http://www.europeanlawmonitor.org/latest-eu-news/erasmus-record-numbers-of-students-receive-eu-funding-to-study-or-train-abroad.html

Rencontre avec Leigh Philip à Bruxelles (13 avril 2011)

Rencontre avec Mathilde Woringer à Bruxelles (12 avril)

http://ellynn.fr/dessousdebruxelles/spip.php?article110

Rencontre avec Clémentine Forissier à Paris (11 mars)

Entretien avec Lorenzo Morselli à Bruxelles (14 avril 2011)

http://www.economistgroupmedia.com/products/other-products/cq-roll-call

Deux autres publications basées à Bruxelles spécialisées dans la couverture institutionnelle.

Entretien avec Mathieu Collet à Paris (10 mars 2011)

Entretien par téléphone avec Christian Mihr (11 avril 2011)

Entretien par téléphone avec Carl Henrik Fredriksson (14 avril 2011)

Entretien avec Fabien Cazenave à Paris (17 mars 2011)

Entretien avec Daniel Vigneron à Paris (10 mars 2011)

http://www.01net.com/editorial/518153/rue89-com-tente-le-pari-du-magazine-papier/

Entretien avec Philippe Perchoc à Paris (23 mars 2011)

Entretien avec Gianpaolo Accardo à Paris (29 avril 2011)

Entretien avec Emilie Louis à Paris (17 mars 2011)

Entretiens avec Monica Solombrino et Marc Taquet-Graziani à Bruxelles (11 et 15 avril 2011)

http://ec.europa.eu/archives/debateeurope/index_fr.htm

Entretien avec Jean-Sébastien Lefevbre à Paris (23 mars 2011)

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/

http://www.wikio.fr/video/bove-vs-zemmour-naulleau-pol-ruquier-5022322

http://www.marianne2.fr/Bruxelles-fait-fuir-les-journalistes-Pourquoi_a190024.html


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Last Updated on Sunday, 11 December 2011 12:17