"Et pourtant elle tourne!" - "Und sie bewegt sich doch!" - " E pur si muove!" - "E tuttina sa mova ella!" / Galileo Galilei
Qui était Owen Jones? PDF Print E-mail
Written by Serge Maillard   
Tuesday, 07 April 2009 20:21

Rencontre avec Ariane Varela Braga, sur les traces d’Owen Jones, architecte victorien, théoricien de l’art et touche-à-tout

OwenJones

 

« L’ornement universel. Owen Jones, la « Grammar of Ornament » (1856) et sa réception dans la théorie de l’art. »  C’est le titre de thèse choisi par Ariane Varela Braga, doctorante à l’Université de Neuchâtel et membre de l’Institut suisse de Rome. D’où la question-titre de cet article : qui était Owen Jones ? Un grand illustrateur certes. Mais également un théoricien aux ambitions universelles. Parcours entre théorie et pratique.

Owen Jones aurait eu deux cents ans cette année. Son anniversaire est cependant éclipsé par les célébrations du bicentenaire d’un autre illustre sujet de Sa Majesté, Charles Darwin. Pas de faste pour se remémorer l’architecte britannique : quelques conférences et expositions, dans la simplicité et la sobriété. Une sobriété qui ne caractérisait pas vraiment Owen Jones, lui qui sur mandat de la Reine Victoria décora en 1851 Crystal Palace à l’occasion de la première Exposition universelle uniquement au moyen des couleurs primaires, ce qui scandalisa.

Retour aux origines: au début des années 1830, comme nombre de ses jeunes compatriotes de bonne famille, Owen Jones effectue le « Grand Tour ». Il découvre l’Italie tout d’abord, puis la Grèce, mais il est surtout conquis par le Proche-Orient, l’Egypte et Constantinople. Il finit son périple en Espagne, à Grenade, là où l’architecture islamique s’est certainement déployée de la façon la plus originale et grandiose. Avec un collègue français, il y passe plus de six mois, à étudier les arcanes du palais de l’Alhambra et l’architecture islamique.

De retour en Angleterre, il cherche à publier un volume issu de ses recherches, « en couleur, ce qui est rare à son époque, car extrêmement onéreux ». Ne trouvant pas d’éditeur, il fait d’une pierre deux coups, embrasse lui-même cette profession et mène une brillante carrière à Londres, travaillant parallèlement comme imprimeur et comme architecte d’intérieur. Il est notamment connu comme théoricien des couleurs. « Il construit peu, mais publie beaucoup : il est donc très versatile ». C’est un touche-à-tout, mais « le contraste entre ce qu’il dit et ce qu’il créé est souvent décevant, notamment en matière de mobilier ».

JonesEn 1856, nouvelle étape dans sa carrière : alors que la bataille fait rage entre Paris et Londres pour devenir la capitale du luxe, un marché en plein expansion auprès de la nouvelle bourgeoisie, Owen Jones, intégré à la tout récente école d’arts décoratifs de Londres, publie « The Grammar of Ornament ».  Il s’agit d’une encyclopédie ornementale, reprenant les ornements par style. Ainsi, le premier style regroupe les ornements « sauvages », par exemple les tatouages maoris : « Owen Jones est un précurseur : il pense que ces ornements sont beaucoup plus harmonieux que les ornements victoriens contemporains ». Suivent les styles égyptien, grec, ce jusqu’au 16e siècle. « L’idée n’est pas de servir de simple modèle : Owen Jones propose une théorie présentant un système universel des ornements ».

Selon Jones, tous les ornements dérivent d’un même système. Cherchant leur mécanisme commun, l’architecte britannique voulait mettre sa théorie en pratique en appliquant cette mécanique aux instruments de son époque afin de fonder un nouveau style. S’il n’a pas accompli cet objectif, il a en revanche « donné une impulsion déterminante, notamment par la copie de la nature, allant mener à l’Art nouveau ».

L’intérêt principal des recherches ornementales universelles de Owen Jones consiste en ce que les ornements sont « décontextualisés » : ce sont des motifs mis à plat, ce qui permet de les comparer aisément. Mais ils ne sont pas à égalité : si Owen Jones détestait les ornements romains et Renaissance, il adorait en revanche l’ornement du Proche-Orient, ce qui se ressentait dans son ouvrage. Dès lors, il semble nécessaire de rebaptiser son livre « grammaire ornementale universelle subjective ».

Quant à la réception de la théorie de l’art d’Owen Jones, elle a été l’objet du désintérêt et d’une mauvaise perception: son ouvrage a surtout été considéré comme un livre illustré. Un livre qui est d’ailleurs continuellement réédité et disponible dans les meilleurs éditions en couleur aujourd’hui encore. Si Le Corbusier tenait la « Grammar of Ornament » en grande estime, peu ont en réalité lu la théorie de Jones. Dès lors, il est tout à l’honneur d’Ariane Varela Braga de vouloir redonner de la valeur aux écrits de Jones et de s’intéresser à ses sources et  à son influence. Publication à suivre.

  

Owen 

 

Serge Maillard 

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Last Updated on Tuesday, 07 April 2009 20:33